Huchon: "il n'y aura pas de hausse d'impôts"

Propos recueillis par Elsa Meyer

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E24: Dans le domaine des transports, beaucoup de vos propositions sont les mêmes qu'en 2004. Pour quelles raisons n'ont-elles pas été réalisés?

Jean-Paul Huchon: La région Ile-de-France n'est en charge des transports que depuis l'été 2006.

Il y a trente d'ans d'investissements de retard sur l'ensemble du réseau car l'Etat a donné la priorité aux TGV et aux TER. En trois ans, nous avons investi davantage que les pouvoirs publics en trois décennies.

La priorité était de rénover le matériel. Des trains neufs vont par exemple remplacer les "petits gris" sur la ligne H du Transilien.

La région a aussi commandé l'ensemble des nouvelles rames pour quatre RER (A,B,C,D) mais cela ne se trouve pas sur les étagères: il faut les construire.

Les Franciliens veulent cependant une amélioration rapide. Que proposez-vous?

Pour les RER, une offre de bien meilleure qualité devrait intervenir entre 2011 et 2013. Après des travaux énormes, aussi bien sur le B que sur le D, les infrastructures auront été transformées. La ligne A sera de son côté dotée de rames à deux étages pour désaturer 35% du trafic.

Nous aurons aussi obtenu la désaturation de la ligne 13 avec la semi-automatisation et des portes palières pour éviter les incidents.

Pourquoi êtes-vous opposés au projet de métro du Grand Paris?

Ce grand huit ne servira à rien pour les usagers. Avec l'Arc express, nous proposons plutôt une rocade de banlieues à banlieues, là où il n'existe pas de réseau et où les habitants se sont accumulés.

Un jour, ces infrastructures seront sûrement complémentaires mais le grand huit ne sera pas construit avant 2025-2035. Nous ne pouvons pas attendre cette échéance.

Avec la fin de la taxe professionnelle (TP), comment allez-vous financer l'ensemble de vos projets?

La nouvelle cotisation économique territoriale (CET), qui remplace la TP, pourrait être favorable à l'Ile-de-France. Elle s'appuie sur le volume d’activité et notre région enregistre les meilleurs scores de créations d'entreprises.

Nous disposons surtout d’une capacité d’endettement excellente puisque nous sommes classés 3A par les agences de notation. Cela nous permet d’emprunter à des taux très faibles, entre 2 et 2,5%.

Nous allons aussi être plus sélectifs sur les aides accordées pour mettre l'accent sur les quartiers prioritaires, comme une partie de la Seine-Saint-Denis ou de l'Essonne.

Vos adversaires vous reprochent d’avoir fait exploser les impôts locaux. Comment justifiez-vous cette hausse?

Nous avions de grands projets de transports et devions encaisser le transfert de nouvelles compétences. C'est pour cela que nous avons dû augmenter la fiscalité de 45% pour les deux premières années.

Mais sur la feuille d'impôts des Franciliens, il ne s'agit que d'une ponction de 3 à 10 euros selon les foyers. Les régions ne représentent aujourd'hui que 2% des impôts locaux, soit une goutte d'eau par rapport aux communes et aux départements.

Et malgré cette hausse, l'Ile-de-France reste toujours moitié moins imposée que les autres: nos prédécesseurs n'ont rien fait et ont donc accumulé beaucoup de liquidités.

Les Franciliens doivent-ils s'attendre à une nouvelle hausse des impôts locaux?

A l'exception de la TIPP et de la carte grise, les régions n'ont plus aucune autre ressource fiscale avec la fin de la TP.

Il n'y aura donc pas de hausse des impôts régionaux puisque nous n'en avons quasiment plus.

Quelles sont vos mesures pour relancer la croissance économique?

Nous voulons d'abord apporter un appui de trésorerie aux PME. Avec Oséo (ndlr: établissement public qui aide au financement des PME), nous mettons à leur disposition 700 millions d'euros d'encours de crédits. Le plafond va être relevé à 1 milliard d'euros.

Nous voulons aussi par exemple créer un guichet unique pour créer rapidement son entreprise, comme aux Etats-Unis.

Et quels sont vos objectifs en matière d'emploi?

Notre objectif est de créer plusieurs centaines de milliers d’emplois dans quatre secteurs porteurs: la croissance verte ; les services à la personne ; le secteur de l’image, des jeux vidéo et du cinéma; et le tourisme.

Pour conserver les emplois existants, la région va aussi mettre en place des plans filières pour investir dans trois domaines importants: l'automobile, où nous allons par exemple aider Renault à développer des voitures électriques dans son usine de Flins; l'aéronautique et la filière des logiciels.