Crise du gaz: Bruxelles se fâche

Thibaud Vadjoux avec AFP

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Les représentants de Gazprom, Naftogaz, des gouvernements russe et ukrainien et de l'Union européenne (UE) se retrouveront, jeudi 8 janvier, à Bruxelles pour discuter des modalités d'une reprise des livraisons de gaz à l'Europe, a annoncé le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso. La situation est peut être appelée à se débloquer jeudi 8 janvier.

Une solution semble se profiler et pourrait être actée lors de la rencontre. Les livraisons de gaz russe transitant par l'Ukraine vers l'Europe reprendront seulement après le déploiement d'observateurs internationaux afin de vérifier l'état du transit gazier. La Russie et l'Ukraine ont accepté le principe de cette idée a indiqué le président de la Commission européenne José Manuel Barroso, lors d'une conférence de presse après une réunion entre l'exécutif européen et la présidence tchèque de l'UE à Prague.

Cette réunion a été obtenue au prix de menaces de l'UE. Dans la journée de mercredi, la Commission européenne et le Premier ministre tchèque, dont le pays préside l'UE, ont haussé le ton. "Si les livraisons ne sont pas restaurées d'ici demain, nous verrons une intervention plus ferme de la présidence et de l'UE en tant que telle", a déclaré Mirek Topolanek, le Premier ministre tchèque. Le ton est monté entre la Russie et Bruxelles qui, au départ de cette crise, ne souhaitait pas être impliqué dans le différend entre Gazprom et Naftogaz, les compagnies russe et ukrainienne du gaz. Le Premier ministre tchèque est donc monté au créneau pour que la Russie s'engage dès jeudi 8 janvier à une "reprise immédiate" de toutes les livraisons de Gazprom à l'Europe. Le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a tancé l'Ukraine et la Russie dans le même sens et a jugé "inacceptable" que des pays de l'UE "soient pris en otages" du conflit gazier.

La Maison Blanche a même critiqué la position russe, jugée "agressive". "Une Russie qui continue à menacer ses voisins et à manipuler leur accès à l'énergie compromettra toute aspiration de sa part à davantage d'influence dans le monde", affirme le conseiller de George W. Bush à la sécurité nationale, Stephen Hadley, dans un discours dont la Maison Blanche a diffusé le texte par avance.

En attendant cette réunion, de nombreux pays européens se retrouvent privés de gaz russe alors qu'ils en sont parfois très dépendants et qu'un vague de froid s'est abattue sur l'Europe. La France est "peu exposé" aux conséquences du conflit assure GDF et la ministre de l'Economie, Christine Lagarde, lors de la séance de questions au gouvernement à l'Assemblée nationale. Au niveau européen, "la crise actuelle du gaz est beaucoup plus grave que celle qu'on avait connue en 2005-2006, elle est en quelque sorte inédite", a estimé le premier ministre tchèque. "Les deux pays sont plus agressifs lorsqu'il s'agit de faire valoir leurs intérêts". Selon lui, non seulement les pays d'Europe centrale et des Balkans mais aussi l'Allemagne -principal client de Gazprom au sein de l'UE- "connaîtront des problèmes dans les prochains jours si la situation reste inchangée".