Le tourisme profite de la crise

Guillaume Guichard

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Le tourisme britannique joue à contre-courant. Alors que l'économie britannique est frappée de plein fouet par la crise, le secteur du tourisme, lui, ne peut pas se plaindre. Si la fréquentation a fléchi de 2,7% en 2008, à 31,9 millions de visiteurs, les touristes se sont montrés plus généreux. Près de 16,4 milliards de livres ont été dépensés sur l'année, une somme en hausse de 2,5%, selon les estimations de VisitBritain, l'agence de tourisme national.

Le tourisme britannique, qui représente 6,4% du PIB avec un chiffre d'affaires de 75 milliards de livres, profite en fait des effets secondaires de la crise. Le ralentissement économique a fait chuter la livre sterling face à l'euro au deuxième semestre 2008, rendant la destination plus compétitive face à ses concurrentes. "La chute de la livre représente un bond de 21% du pouvoir d'achat pour les touristes en provenance de la zone euro et de 27% pour les Américains", vante Bob Cotton, président de Tourism Alliance, le syndicat professionnel du tourisme.

Les Américains n'en ont cependant pas profité. Ils ont été 17% de moins à franchir l'Atlantique en 2008. En revanche, les Européens se sont rués de l'autre côté du "Channel". Et particulièrement les Français, qui ont été 3,7 millions à se rendre en Grande-Bretagne, un chiffre en hausse de 7% en 2008.

Ce phénomène s'est accentué en fin d'année, en parallèle de la chute de la livre et... du début des soldes. "En plus du traditionnel shopping londonien durant les fêtes de fin d'année, les soldes ont commencé plus tôt que d'habitude, avec des réductions encore plus importantes à cause de la crise", observe une porte-parole de VisitBritain France. Première destination à en profiter: Londres. La capitale récolte plus de la moitié des dépenses des touristes, contre 36% pour le reste de l'Angleterre et 9% pour l'Ecosse.

Grâce à la faiblesse de la livre, les Continentaux sont donc presque devenus des nababs outre-manche. Et l'office du tourisme britannique compte bien jouer cette carte à fonds. Sa nouvelle campagne publicitaire, chiffrée à 1,8 millions de livres, s'intitule "En Grande-Bretagne, voyagez plus en dépensant moins".

Au final, cette toute nouvelle compétitivité de la destination Grande-Bretagne -la destination était réputé chère jusqu'à maintenant- "augure d'une bonne année 2009", se réjouit Tourism Alliance. Les dépenses des touristes devraient continuer à augmenter à un rythme supérieur à 2%, même si le nombre de touristes devrait continuer à baisser, à 31,7 millions. Mais attention! "Le tourisme n'est pas immunisé contre la crise qui touche tous les autres secteurs de l'économie", a prévenu Christopher Rodrigues, le président de VisitBritain. Pour cette activité traditionnellement dépendante de la conjoncture économique, il ne faut pas que la crise soit trop aigue. Sinon elle sombrera à son tour.