La crise fragilise le marché de l'énergie à moyen terme

Guillaume Guichard

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La demande mondiale en énergie devrait "fléchir légèrement" en 2009 "pour la première fois dans des proportions significatives depuis 1981", écrit l'Agence internationale de l'énergie (AIE) dans son rapport annuel. "Les données préliminaires indiquent un recul potentiel de 2% en 2009", précise l'AIE. Cette baisse, inédite, est imputable à la crise économique et financière.

La baisse de la consommation s'accompagne d'une chute brutale des investissements énergétiques à cause de la raréfaction du crédit. "Nous estimons que les budgets d'investissement dans l'amont pétrolier et gazier à l'échelle mondiale ont été réduit d'environ 9% en 2009 par rapport à 2008 - soit une baisse de plus de 90 milliards de dollars", chiffre l'AIE. Le recul aurait pu être beaucoup plus important (-30%) sans les plans de relance initiés par les gouvernements, selon l'Agence.

L'AIE prévient que le repli de l'investissement "menace de freiner l'augmentation des capacités à moyen terme, en particulier pour les projets ayant de longs délais de mise en œuvre". "Cela pourrait déclencher une nouvelle flambée des prix d'ici quelques années, (…) et devenir alors une entrave à la croissance économique mondiale".

Les craintes de l'AIE se fondent sur les besoins colossaux en capital du secteur énergétique d'ici 2030 pour faire face à la croissance rapide de la demande. Leur montant cumulé devrait atteindre 26.000 milliards de dollars, soit 1.100 milliards de dollars par an en moyenne. De quoi faire face à une hausse annoncée de 40% de la demande énergétique mondiale d'ici 2030, tirée par les pays asiatiques en dévelloppement.

La demande énergétique devrait en effet rebondir rapidement une fois la reprise amorcée et croître à un rythme de 2,5% par an en moyenne entre 2010 et 2015. Conséquence de ce recul suivi d'une reprise de la consommation d'énergie, les prix du baril de pétrole devraient s'établir aux environs de 60 dollars en 2009, avant de repartir à la hausse, à 115 dollars en 2030.