Goldman Sachs tire quelques leçons de la crise

Jocelyn Jovène

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Tirant quelques leçons de la crise financière, le directeur général de la banque américaine Goldman Sachs, reconnaît que le système financier doit être davantage régulé, sans toutefois remettre en question les innovations que la finance a apporté à l'économie au fil des années.

Dans une tribune publiée ce lundi 9 février par le Financial Times, Lloyd Blankfein admet une faillite collective de l'industrie financière et appelle à s'autoréguler et à travailler dans l'intérêt général. "Nous avons failli à remettre en question certaines tendances et pratiques de notre industrie et à voir si elles servaient véritablement l'intérêt général sur le long-terme", reconnaît le dirigeant. "Nous ne pouvons laisser notre capacité d'innovation dépasser notre capacité de gestion. (...) La gestion du risque opérationnel va devenir de plus en plus importante", ajoute Lloyd Blankfein.

Mais cette capacité d'innovation ne doit pas conduire à jeter le bébé avec l'eau du bain. Des techniques comme la titrisation ou les produits dérivés ont leur utilité, estime le dirigeant. Il en va de même de la "fair value" ou comptabilisation à leur valeur de marché de l'actif et du passif du bilan d'une entreprise ou d'une banque. "La comptabilité à la valeur de marché donne plus de clarté aux investisseurs en matière de risques présents au bilan", estime le Blankfein.

Ses propositions reposent notamment sur la mise en place d'une "régulation dynamique" et réellement globale. Le régime de régulation devrait être suffisamment "agile pour identifier et éviter les excès du marché, en particulier en période de croissance économique soutenue". Le patron de Goldman Sachs estime que "le niveau de coordination et de communication globale en matière de régulation devrait être à l'image de l'interconnexion globale des marchés financiers".

Lloyd Blankfein est en revanche plus flou sur les rémunérations des dirigeants et des employés de banques, accusées d'avoir conduit à une prise de risque toujours plus importante. Il reconnaît que des principes de base devraient être mis en place. Il propose aussi que la part de la rémunération en actions augmente avec la rémunération globale des salariés. "La performance individuelle devrait être évaluée sur une certaine durée pour éviter des prises de risque excessives", ajoute-t-il, sans donner plus de précisions.

La banque, qui a connu les premières pertes depuis son introduction en Bourse en 1999, a annoncé fin 2008 que ses dirigeants renonçaient à leur bonus malgré un résultat annuel dans le vert. Les primes annuelles attribuées aux cadres auraient également été fortement réduites.

Goldman Sachs s'est récemment dite prête à rembourser les 10 milliards de dollars reçus du gouvernement américain, dès que sa situation bilantielle le permettrait. En contrepartie des aides apportées aux institutions financières, de nombreux états demandent des contreparties en matière de rémunération des dirigeants et de prêts accordés à l'économie.