Un endettement excessif pour Lafarge

Guillaume Guichard

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En un an, la dette de Lafarge a presque doublé, passant de 8,7 à 16,9 milliards d'euros. La réduire est devenu la nouvelle priorité du cimentier français. Pour cela, il a lancé une série de mesures et, surtout, une augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros. Cette dernière sera souscrite à 35% par les deux principaux actionnaires de Lafarge, l'homme d'affaires belge Albert Frère et l'égyptien Nassef Sawiris, a précisé Bruno Lafont, PDG du groupe.

L'augmentation de capital servira exclusivement à réduire l'endettement. L'envolée de la dette s'explique par le rachat fin 2007 de l'égyptien Orascom Cement pour 8,8 milliards d'euros, financé par emprunt. Une opération stratégique pour le groupe qui voulait profiter à plein de la vague d'industrialisation des pays émergents. "La dette était la manière optimale de financer cette opération à l'époque, a expliqué Bruno Lafont, lors d'une réunion de présentation des résultats. Mais aujourd'hui, notre endettement est perçu comme trop élevé et notre structure financière n'est plus adaptée au contexte économique". Standard & Poors a d'ailleurs récemment abaissé la note du groupe de BBB à BBB-.

Afin de retrouver un niveau d'endettement acceptable, Lafarge compte rembourser, de manière anticipée, 2,6 milliards d'euros de dette d'ici fin juin. "Nous voulons aussi réduire significativement l'endettement du groupe d'ici la fin de l'année", a ajouté Bruno Lafont.

Pour y parvenir dans un contexte économique très dégradé, Lafarge a lancé un ensemble de mesures de réduction de ses coûts portant sur 4,5 milliards d'euros. Dans ce cadre, le dividende a été réduit de 400 millions d'euros, à 2 euros par action. Les analystes de CM-CIC et d'Exane BNP Paribas tablaient sur une suppression du dividende. Le groupe a aussi souscrit un nouveau crédit bancaire de 1 milliard d'euros sur deux ans pour honorer l'échéance de fin juin.

Ce n'est pas tout. Lafarge compte dégager 1,6 milliards d'euros grâce à des "mesures opérationnelles fortes". Il prévoit ainsi de revendre certaines de ses activités pour 1 milliard d'euros, de réduire ses investissements à hauteur de 200 millions d'euros et d'accélérer la réduction des coûts de fonctionnement d'un montant équivalent. Les effectifs du groupe ne devraient pas être fortement touchés, a indiqué Bruno Lafont, tout en reconnaissant qu'il "pourra y avoir des ajustements". L'an dernier, Lafarge a supprimé 1.200 postes en Amérique du Nord et 200 en Europe de l'Ouest.

Ces mesures semblent avoir convaincu les analystes. "Le risque de défaut de paiement est significativement réduit pour 2009", jugent dans une note ceux d'Exane BNP Paribas. L'action Lafarge a perdu 2,4% à 35,93 euros, dans un marché en recul de 4,2%.