Rhodia pourrait relever son objectif d'économies, selon son PDG

Propos recueillis par Jocelyn Jovène

— 

E24-Quelles sont vos prévisions pour la fin de l'année ?

Jean-Pierre Clamadieu-Nous voyons un quatrième trimestre dans la continuité du troisième. L'année a débuté avec un premier trimestre catastrophique en termes de demande, avec une chute brutale de 27% sur un an. Au deuxième trimestre, l'activité a reculé de 20% en volume. Au troisième trimestre, la contraction de l'activité n'est plus que de 9%. La situation sera un peu différente au quatrième trimestre, où l'on observait dès le quatrième trimestre 2008 les effets de la crise.

Par zones géographiques, l'Asie et l'Amérique Latine sont revenues aux niveaux d'activité d'avant la crise. En Europe, on s'attend à un long redressement.

Est-on dans un cycle classique de contraction de l'activité pour l'industrie chimique ?

2009 a été une année complètement atypique pour tous les secteurs industriels, avec un déstockage massif fin 2008 qui s'est poursuivi sur tout le premier trimestre, en particulier dans certains secteurs comme l'automobile, où l'on observait des niveaux de stocks particulièrement élevés. Depuis, tout le monde a beaucoup travaillé pour optimiser le niveau des stocks.

Aujourd'hui je pense qu'on a fait mieux que les autres. Nous sommes capables de faire fonctionner le groupe avec des niveaux de stocks très bas.

La situation du troisième trimestre en matière de gestion des stocks est-elle durable ?

Le niveau des stocks est probablement un petit peu exceptionnel. Je pense que l'on est aujourd'hui capables de faire fonctionner le groupe avec un niveau de besoin en fonds de roulement de l'ordre de 10% du chiffre d'affaires, alors qu'on était à 13-14% il y a un an. L'industrie est plutôt entre 15% et 20%. Rhodia est l'un des meilleurs élèves dans ce domaine.

Vous prévoyez un excédent brut d'exploitation récurrent de plus de 160 millions d'euros. Qu'attendez-vous au niveau des flux de trésorerie disponible ?

Après trois trimestres de flux de trésorerie disponible de l'ordre d'une centaine de millions d'euros, le "free cash flow" sera plutôt proche de l'équilibre, en ligne avec la prévision du groupe.

En matière d'investissement, nous avons décidé un gel des investissements en capacités nouvelles en 2009. Nous avons maintenu les dépenses de mise à niveau ou d'amélioration des capacités existantes et les budgets de R&D. Cette situation devrait se poursuivre sur la première moitié de 2010.

Si la demande repart, les silices (applications dans les pneumatiques) sont un secteur où il y a des nécessités d'investissement. Je suis assez optimiste sur le potentiel de ces produits, qui contribuent à une moindre consommation d'énergie, et qui reçoit des marques d'intérêt de nombreux clients.

Au sein de Novecare, nous poursuivons nos efforts d'innovation et nous préparons lancement de produits nouveaux, comme les solvants biodégradables.

Comment vous adaptez vous à la baisse du dollar et à la hausse tendancielle des matières premières ?

En ce qui concerne l'euro, notre objectif est de trouver le bon équilibre entre zones de production et zones de vente, et de poursuivre les efforts de productivité en Europe afin de réduire nos coûts. En 2010, c'est un sujet d'attention. Mais ce n'est pas une situation nouvelle.

Sur la partie matières premières, l'enjeu c'est la gestion de nos prix de vente. Il s'agit d'augmenter les prix quand le prix des matières premières augmente, pour défendre nos marges. Quand ils diminuent, il faut que l'on rétrocède à nos clients une partie de cet avantage, en en gardant un petit peu pour nous.

J'anticipe une hausse tendancielle qui n'a cependant rien à voir avec l'explosion des cours début 2008. Pour y faire face, nous cherchons à diversifier nos sources d'approvisionnement et à diminuer notre consommation de matières premières.

On travaille beaucoup pour essayer de se rapprocher le plus possible de la réaction idéale. A titre d'exemple, dans le polyamide, gagner 1% d'efficacité de la réaction chimique peut représenter plusieurs millions d'euros de gains.

A plus long terme, quel sera le niveau du seuil de rentabilité pour le groupe ?

Nous avons lancé un plan d'amélioration structurelle fin 2008, d'un montant de 150 millions d'euros à l'horizon fin 2011. A ce jour, 60 millions d'euros d'économies ont été réalisées. Nous allons poursuivre nos efforts dans ce domaine.

A cela s'ajoutent des actions plus conjoncturelles d'adaptation à l'évolution de la demande, avec la réduction du nombre d'intérimaires, le décalage du lancement de certains produits non prioritaires, ou des efforts de réduction de certains dépenses comme les voyages. Ce programme a permis d'économies 60 autres millions d'euros. L'idée aujourd'hui est de voir comment on peut pérenniser ces mesures d'économies, ce qui va peut-être nous conduire à revoir à la hausse notre objectif de réduction des coûts.

Faire fonctionner nos sites chimiques à 70-80% de leurs capacités nous a permis de réaliser de nombreux progrès dans la gestion opérationnelle du groupe. C'est ce qui explique que l'on est capable aujourd'hui de retrouver le niveau de marge d'avant la crise, avec des volumes 10% inférieurs.