Raffinerie: l'avenir est à l'étranger pour Total

Thibaud Vadjoux

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A Dunkerque, Total prévoit de fermer son usine de raffinage. Une de plus. Depuis 1978, le nombre d'usines de raffinage a été divisé par deux, passant de 23 sites à 11 en 2010.

A l'inverse, en Arabie Saoudite à Jubail et aux Etats-Unis à Port Arthur, ce sont deux nouveaux projets de grande ampleur qui voient le jour. Le pétrolier va orienter 40% de ses 1,3 milliard d'euros d'investissements annuels prévus dans le raffinage dans ceux-ci.

Ces projets déservent directement les marchés porteurs asiatiques et américains. A Jubail, Total investit avec le Saoudien Aramco sur un champs dédié. Il ne s'agit pas de remplacer la production des sites français, assure la direction. Le brut raffiné ne repart pas vers la France.

40% du gazole importé

En France, le pétrolier doit réorganiser sa filière où existent de nombreuses surcapacités de production. Essentiellement dans le raffinage d'essence.

Car Total n'a pas suivi le boom du diesel (75% de la consommation). Echaudé par les chocs pétroliers des années 80 et l'apparition de surcapacités, le groupe a joué la prudence et n'a pas investi massivement. A tel point que 40% du gazole consommé en France est importé. Pour se réorienter vers le diesel, Total explique qu'il lui faudra 7 à 8 ans pour adapter sa structure.

Sur la production d'essence, Total est en revanche en surplus et doit aujourd'hui exporter ses excédents vers les Etats-Unis. Le groupe évalue à 9 millions de barils par jours ses surcapacités mondiales de raffinage, soit 10% de la capacité installée. Il perdrait ainsi environ 100 millions d'euros par mois en Europe sur cette branche, selon les informations des Echos.

Faute de débouchés, la raffinerie de Dunkerque (Flandres) affiche aussi un déficit cette année et est "en arrêt conjoncturel" depuis mi-septembre.

1 milliard investi dans le raffinage

Total doit donc repenser sa filière raffinage en France, ce qui ne se traduit pas que par des suppressions de postes. En 2009 et 2010, Total ne réalisera d'ailleurs aucun licenciement sec et prévoit même des embauches indirectes auprès des sous-traitants dans le secteur cette année.

Total n'abandonne pas ses plateformes de raffinage en France. En mars 2009, la direction du groupe assurait que "plus d’un milliard d’euros sera investi en France pour moderniser le raffinage et la pétrochimie et poursuivre notre développement dans le solaire. Ces investissements généreront en moyenne plus de 1.000 emplois par an en France entre 2009 et 2011".

Sur ce milliard d'investissement pour moderniser la filière en France, 770 millions d'euros étaient destinés la raffinerie de Normandie. A l'horizon 2011-2013, le groupe espère diminuer de 60% ses excédents d'essence et augmenter de 10% ses capacités sur le diesel sur cette raffinerie.

Dunkerque ne connaîtra pas le même sort. Selon La Tribune, la poursuite de l'activité de raffinage à Dunkerque exigerait 60 à 120 millions d'euros d'investissement, ce dont Total aurait tout à fait les moyens, d'après les élus locaux.

"Erreur de communication"

Mais avec la fermeture de Dunkerque, le groupe se reprend encore les pieds dans le tapis en prévoyant des suppressions de postes à quelques jours de l'annonce des ses résultats.

En mars 2009, le groupe pétrolier avait suscité la même polémique en annonçant la suppression de 550 postes en France dont 249 dans le raffinage. Les profits du groupe battaient des records à 14 milliards d'euros. Total avait alors parlé "d'une erreur de communication", ses arguments ayant été rendus inaudibles.

En 2010, Total remet le couvert. Alors que la raffinerie de Dunkerque qui emploie 370 salariés et 450 sous-traitants doit être fermée, le groupe annoncera le 11 février ses bénéfices pour 2009, attendus autour de 8 milliards d'euros.