Fichiers ethniques: SOS Racisme attaque Disney

E.M. avec AFP

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Un huissier s'est rendu mercredi matin chez Euro Disney, à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne) pour saisir d'éventuels fichiers de salariés à caractère ethno-racial, à la suite d'une décision de la justice saisie par l'association SOS Racisme, selon des sources concordantes.

L'association, qui a donné cette information lors d'une conférence de presse à Paris, accuse le groupe de loisirs d'avoir utilisé de tels fichiers pour cibler ses recrutements. Pour sa part, la direction d'Euro Disney a confirmé à l'AFP avoir reçu la visite d'un huissier, en précisant qu'elle commenterait le fond de l'affaire plus tard dans la journée.

Le président du Tribunal de grande instance de Meaux avait ordonné le 28 octobre cette saisie d'huissier, pour permettre à SOS Racisme de prouver ces accusations, tout en "émettant les plus expresses réserves sur la pertinence du raisonnement factuel et juridique" de l'association, selon le texte de son ordonnance qu'a obtenu l'AFP.

Rapport de SOS Racisme

Les responsables de SOS Racisme s'exprimaient lors de la présentation d'un rapport remis mercredi à Patrick Karam, délégué interministériel pour l'égalité des chances des Français d'Outre-mer.

Selon cette étude, l'association a découvert, à la suite de témoignages de salariés d'Adecco-Restauration, prestataire d'Euro Disney, que "dans le bilan social 2007, les salariés sont classés suivant des catégories suivantes: "Afrique hors Maghreb", "Afrique Maghreb", "Autres antilles", "Europe (Ouest) dont français".

Pour SOS Racisme, "pour Disney, l'essentiel de la clientèle est européenne, en conséquence les salariés cast members doivent être majoritairement européens". L'association de lutte contre le racisme s'alarme aussi du fait que lors de la création d'un CV sur le site de l'entreprise, il est demandé de remplir une case "pays" qui outre la France, peut être la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Guyane et la Nouvelle Calédonie.

A côté d'Euro Disney, SOS Racisme recense une quinzaine de dossiers, dans son rapport, où l'association a constaté la constitution de fichiers à caractère ethnique, racial ou géographique.

Sentiment d'impunité

"Il faut faire reculer le sentiment d'impunité car tant que les entreprises auront le sentiment qu'elles ne risquent rien, certaines continueront", a déclaré Patrick Karam, délégué à l'égalité des chances pour les Français d'Outre-mer. "L'arsenal judiciaire est complet et suffisant, ce qui manque c'est la volonté", a poursuivi M. Karam qui doit remettre des préconisations à Nicolas Sarkozy. "Il faut une intervention au sommet de l'Etat, il faut mieux faire connaître cette loi sur le fichage ethnique, tout doit commencer par les procureurs, les policiers et les juges", a-t-il dit.

Le fichage est depuis 1978 illégal et passible de 5 ans de prison et de 300.000 euros d'amende (personnes physiques) à 1,5 million d'euros (personnes morales), mais la jurisprudence est quasiment inexistante.

A ce sujet, Patrick Karam s'est félicité de la condamnation récente de l'Opac de Saint-Etienne (février 2009) et du cabinet de recrutement d'hôtesses et d'agents de vente Daytona (juin 2009) pour des fichiers avec des catégories telles que "européen blanc", "maghrébin", "africain et Dom-Tom". Interrogé sur le cas d'Eurodisney, M. Karam a répondu: "La procédure commence, et la règle est de ne pas commenter une affaire en cours, mais je dois dire qu'en tant que Guadeloupéen, je n'accepte pas qu'Eurodisney recrute des Français d'un coté, des Martiniquais ou des Guadeloupéens d'un autre".