Areva T&D, le test industriel de Sarkozy

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Nicolas Sarkozy aime l'industrie. C'est son "truc". Il aura bientôt l'occasion de passer des paroles aux actes, en prenant position sur le dossier Areva T&D.

D'un côté, un fleuron de l'industrie française et européenne, troisième acteur mondial derrière ABB et Siemens. Racheté en 2004 par le groupe nucléaire à un Alstom alors moribond, l'entreprise s'est développée en doublant ses parts de marché, et prévoit de créer plus de 70.000 emplois directs et indirects au cours des trois prochaines années.

Pourtant, ce fleuron pourrait être vendu à des étrangers, pire, démantelé. Alstom souhaite reprendre son ancienne filiale, mais a décidé pour ce faire de s'associer à Schneider Electric, intéressé par les actifs de distribution électrique, l'un de ses points forts.

General Electric et Toshiba sont aussi sur les rangs. Pour les salariés d'Areva T&D, une cession serait une erreur financière et stratégique. Une décision devrait être prise avant la fin du mois par Areva, entreprise contrôlée à 95% par l'Etat français. Un dossier suivi de près par l'Elysée.

Avant l'été, en pleine crise financière, la vente de T&D était justifiée par les besoins financiers du groupe, qui a un ambitieux plan de développement dans le nucléaire et les énergies renouvelables, deux activités qui présentent de bonnes synergies avec les métiers de transmission et distribution.

Mais depuis, les marchés financiers se sont détendus. Areva a trouvé plusieurs sources de financement. Son statut d'entreprise publique lui a permis de lever facilement plus de 2 milliards d'euros sur les marchés obligataires. En prévoyant de céder des actifs non stratégiques, et en ouvrant son capital à des partenaires industriels, Areva assure le financement de son plan d'investissement.

Pour les syndicats d'Areva, il n'est plus besoin de céder sa filiale Transmission & Distribution. Elle assure au groupe nucléaire l'essentiel de sa trésorerie, au moment où la construction des premiers EPR lui coûte cher. Elle lui permet de faire remonter de généreux dividendes à son actionnaire. Et elle assure au groupe de belles perspectives de croissance pour les prochaines années, que l'on considère les infrastructures de distribution à renouveler dans les pays développés ou celles à bâtir dans les pays émergents.

Les syndicats et les 30.000 salariés de T&D s'inquiètent. Rien n'indique que Nicolas Sarkozy, appelé à tranché le dossier, écoutera leur appel. Or il n'est pas de plus belle occasion pour le président de la République de montrer qu'il est prêt à défendre l'emploi en France, tout en défendant les objectifs de la stratégie de Lisbonne.

Lors de la présidence française de l'Union européenne, la France avait appelé à ce que la stratégie de Lisbonne contribue "à la mise en place d'une véritable politique industrielle européenne active, afin que l'Europe dispose d'un tissu industriel solide sur l'ensemble de son territoire et résiste aux délocalisations et à la désindustrialisation."

68% des salariés d'Areva T&D sont européens. Ecouter pour une fois les salariés du groupe permettrait de mettre en accord le discours et la pratique du chef de l'Etat.