EDF: Les raisons de la baisse de régime

Guillaume Guichard

— 

La France pourrait connaître des problèmes d'approvisionnement en électricité cet hiver, avait averti le gestionnaire des réseaux RTE la semaine dernière. EDF a confirmé cette prévision ce jeudi. L'électricien table sur une baisse de la production d'électricité sur la fin de l'année et indique qu'il n'atteindra pas 81% de disponibilité de son parc nucléaire en 2009, comme il l'avait annoncé en début d'année.

Premier producteur mondial d'électricité d'origine nucléaire, EDF fait face à des difficultés exceptionnelles en partie dues à un mouvement de grève organisé au printemps. Une grève tournante a touché plusieurs des 19 centrales nucléaires du groupe. Le personnel gréviste occupant la plupart du temps des postes stratégiques, la production et les opérations de maintenance des centrales ont été suspendues.

Perte financière

EDF estime la perte de production à environ 16 térawattheures sur l'année. L'impact financier des arrêts de travail devrait se monter à 500 millions d'euros, soit la moitié du coût total des arrêts de production nucléaire, qui s'élève à 1 milliard d'euros.

Ces grèves ont aussi retardé de nombreux travaux, ce qui va diminuer les capacités de production du parc cet hiver. "La grève a désorganisé le planning [de maintenance et de réparation] de mai à septembre", relèvent les analystes de la banque HSBC. Début novembre, dix-huit des 58 réacteurs nucléaires français étaient arrêtés à cause d'accidents ou d'opérations de maintenance et de rechargement en uranium, selon un décompte de l'AFP.

Selon Marie-Hélène Bourdin, déléguée fédérale Energie à la CFDT, les grèves sont "un épiphénomène": "c'est un peu facile de mettre tout ça sur le dos des arrêts de travail. EDF a longtemps sous-investit dans la maintenance et en paie aujourd'hui le prix".

Révisions décennales

D'autre part, le vieillissement des centrales peut laisser penser que les opérations de maintenances vont se multiplier et réduiront la disponibilité du parc. "Des visites décennales obligatoires auront lieu pour un certain nombre de réacteur 900 MW" ces prochaines années, explique Colette Lewiner, directeur de l’activité Energie, Utilities et Chimie de Capgemini au niveau mondial.

Ces véritables révisions "nécessitent des arrêts plus longs que les arrêts actuels pour rechargement du combustible", souligne Colette Lewiner. "EDF veut profiter de ces arrêts prolongés pour changer les équipements nécessaires afin d’obtenir l’autorisation de prolongation de la durée de vie des réacteurs 900 MW de 30 à 40 ans". De lourdes opérations qui devraient coûter 23 milliards d‘euros, selon la consultante.

Centrales hydrauliques

Pour ne rien arranger, les centrales hydrauliques, très rentables pour EDF, ne pourront pas être poussées à leur maximum cet hiver. "Pour les mois à venir, la puissance prévisionnelle hydraulique disponible est légèrement plus faible que celle de l’hiver dernier compte tenu des prévisions d’apports hydrauliques et du planning prévisionnel d’arrêt des groupes de production", note RTE dans son analyse saisonnière.

Les faibles pluies n'expliquent pas tout, d'après les syndicats. "Durant des années, EDF a très peu investi dans la maintenance du parc hydraulique", avance Marie-Hélène Bourdin. "Ce n'est que l'année dernière que l'entreprise a investi près de 450 millions d'euros dans ce domaine".

La plus faible disponibilité des centrales hydroélectriques est d'autant plus critique que ce type d'énergie est utilisé à fond lors des pics de consommation. Les barrages peuvent en effet augmenter leur production très rapidement pour faire face à une hausse brutale de la demande. Ce que ne peut pas faire le nucléaire.

Importations problématiques

A défaut de niveaux de production suffisamment élevés, EDF va devoir importer de l'électricité des pays voisins. Cette solution présente deux inconvénients. D'abord, elle est très coûteuse pour EDF, l'électricien devant se fournir au prix de marché, plus élevé que ses coûts de production. Ensuite, elle est limitée.

La France ne peut pas non plus importer autant qu'elle le veut. Les lignes à haute tension connectant le réseau français aux autres pays européens ne peut pas supporter plus de 9.000 mégawatts. Une limite qui serait atteinte en cas de "froid intense et durable avec des températures de 7 à 8 °C durablement sous les normales saisonnières", note RTE.