Lutte contre les discriminations: les entreprises s'y mettent

Elsa Meyer

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Expérimenté depuis le 3 novembre dans cinquante entreprises, le CV anonyme est loin d'être le seul dispositif existant pour lutter contre les discriminations. Certaines entreprises multiplient les initiatives depuis plusieurs années. Leur intérêt est grand: aussi bien en terme d'image que de compétitivité. Mais beaucoup reste à faire.

Que ce soit sur l'origine, le sexe, la religion, le handicap ou l'âge, l'emploi reste en effet le premier domaine de saisine de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (HALDE), selon son rapport annuel de 2008. Mais le recrutement n'est en cause que dans 11% des cas. 38% des plaintes concernent aujourd'hui le déroulement des carrières.

Politiques internes

Plusieurs entreprises ont donc mis en place des politiques internes pour combattre ce phénomène. "Depuis quatre ans, on est passé des déclarations d'intentions à un vrai volontarisme. Il y a de plus en plus de moyens pour définir des dispositifs de lutte contre les discriminations", explique Martine Cambon-Fallières, adjointe à la direction de la promotion de l'égalité de la HALDE.

Axa France a par exemple décidé de mettre l'accent sur la formation pour mettre fin aux stéréotypes culturels. "Nous faisons beaucoup de sensibilisation, notamment grâce au théâtre d'entreprise. Cela permet aux employés de prendre conscience de leurs attitudes qui pourraient être perçues comme discriminantes", indique Antoinette Prost, directrice du développement durable de l'entreprise.

Guide de questions-réponses

Un guide de questions-réponses a également été distribué à l'ensemble des collaborateurs pour "répondre à des interrogations très pratiques. Par exemple, si je suis enceinte, vais-je me faire refuser une augmentation? Ou, si j'embauche un salarié handicapé, aurais-je les moyens financiers pour adapter son bureau?", précise-t-elle.

A La Poste, une direction de la diversité a même été créée en 2006 pour faire face à cet enjeu. L'entreprise s'est ainsi attaquée au problème de l'égalité entre les sexes. 50% de femmes travaillent dans le groupe mais très peu dans les postes de direction.

"Dès qu'un emploi à responsabilités se libère et qu'il n'y a que des candidats masculins, nous informons les femmes, qui ont les compétences nécessaires, de cette procédure pour éviter une éventuelle autocensure", indique Sylvie Savignac, responsable promotion de l'égalité des chances. "Ce genre de démarche nous a permis de passer de 15% de femmes dans le comité de management en 2006 à quasiment 21% en 2008", explique-t-elle.

Label diversité

Même si les deux entreprises reconnaissent que beaucoup reste encore à faire, leurs initiatives commencent donc à porter leurs fruits. Elles ont d'ailleurs toutes les deux reçues cette année le Label de la diversité. Lancé en septembre 2008, ce dispositif est attribué pour trois ans par un organisme indépendant, AFNOR Certification, selon un cahier des charges bien précis en matière d'actions de lutte contre les discriminations.

Pour Martine Cambon Faillières, "le cheminement est donc le bon mais les entreprises doivent aller plus loin. Elles travaillent beaucoup sur les questions d'égalité des sexes et de handicap, où il y a des obligations légales. Il faut maintenant qu'elles aient une approche plus globale et non plus seulement par public".