Le machinisme agricole creuse son sillon... à toute allure

Guillaume Guichard

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Un secteur est épargné par la morosité ambiante: le machinisme agricole "made in France". Cette activité, qui tient salon à Villepinte en même temps que

la grand'messe de l'agriculture
porte de Versailles, a enregistré un bond de 20% des ventes en France en 2008, à 4,6 milliards d'euros. "Les agriculteurs ont profité de la hausse des prix agricoles pour moderniser leur matériel", explique Jean-Paul Papillon, économiste à l'Union des industriels de l'agro-équipement, Axema. Les moissonneuses-batteuses ont particulièrement profité de cette embellie (+35%). Les tracteurs aussi (+16%).

Mais, pour juger globalement du crû 2008, il faudra attendre les chiffres définitifs du secteur prenant en compte les exportations. Un pan important de l'activité du secteur: les fabricants français exportent 70% de leur production. Notamment dans les pays de l'Est, véritable eldorado pour l'agro-équipement: ils doivent renouveler leur parc de machines datant de l'époque soviétique. Les exportations vers la Pologne ont ainsi bondi de plus de 54% en 2007, l'Union européenne subventionnant l'achat de machines.

Pourquoi achètent-ils français? "Parce que nous avons un savoir-faire de haut niveau", explique Jean-Paul Papillon. "Le matériel agricole doit être adapté aux conditions climatiques. La France présentant des terrains très diversifiés, cela nous a permis de développer une expérience très appréciée."

Car le machinisme agricole, c'est du high-tech. "Les tracteurs, qui développent 50 à 300 chevaux de puissance, ainsi que les moissonneuses-batteuses, font appel à des technologies parfois bien supérieures à celle des voitures", souligne Jean-Paul Papillon. Les nouveaux produits présentés au salon international SIMA de Villepinte sont équipés de technologies avancées, à l'image de ce prototype de tracteur à hydrogène. Ils illustrent aussi la tendance vers une agriculture dite "de précision", avec un par exemple un système GPS servant à moduler les doses d'engrais en fonction des besoins, au mètre près.

Hélas, ces produits ne devraient pas profiter d'un très bon contexte économique en 2009. Le syndicat table sur une stabilité des ventes, voire une légère régression. Du fait notamment de la baisse de la demande dans les pays de l'Est, la faute à la crise. En revanche, les ventes devraient se maintenir en France. Car, même si la quasi-totalité des machines agricoles sont financées par des emprunts (une moissonneuse-batteuse coûte 200.000 euros, un tracteur 50.000 euros), les agriculteurs français ne devraient pas souffrir du resserrement du crédit. Dans ce secteur, le loyer de l'argent reste en effet très raisonnable (4,5% sur 5 ans au Crédit agricole) et 95% des dossiers sont acceptés, souligne un banquier.

Du coup, le secteur de l'agro-équipement, qui emploie 47.000 salariés, recrute: "Nous recherchons 5.000 personnes sur les deux prochaines années: des techniciens, des ingénieurs, des gestionnaires, indique Jean-Paul Papillon. Et nous avons du mal à les trouver."