La crise agricole dépasse les enjeux financiers

Propos recueillis par Marion Lippmann

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E24- En quoi cette crise est différente de celles qui l'ont précédée?

Le président Sarkozy aime faire des déclarations tonitruantes. Mais la crise agricole mondiale que nous traversons est plus grave que toutes les autres. Elle a une ampleur planétaire. Dans les pays en voie de développement, les cultures sont détruites au profit d'exploitations intensives, de soja par exemple. Les populations sont ainsi affamées. Par ailleurs, alors que les surfaces cultivables diminuent, notamment en Europe, on vend de plus en plus ces terres à des spéculateurs, comme la Chine.

L'agriculture française, en se complaisant dans sa posture d'assistée et de dépendance face aux subsides, est relativement malade depuis une trentaine d'années.

Pour quelles raisons sont intervenues les crises agricoles françaises dans le passé?

Tout d'abord, la Révolution française s'explique en grande partie par la crise agricole qui affectait le monde paysan. Très mal réparties, les mauvaises récoltes ont conduit à la disette.

Puis au cours des 19e et 20e siècles, de nombreuses crises agricoles sont intervenues, environ tous les 20 à 30 ans. Durant les Trente Glorieuses [1945-1974, ndlr], on a laissé l'agriculture se développer de façon désinvolte. Ainsi, les grandes exploitations ont été encouragées, au détriment des coopératives grâce auxquelles l'entraide aurait pu résoudre tous les problèmes capitalistiques.

Les grands groupes agricoles ont mis en place des exploitations intensives, qui occultent les problèmes de dégradation des sols. Ce phénomène a significativement participé à fragiliser l'espace rural et l'économie.

Quelles sont les solutions qui pourraient permettre au monde agricole de renouer avec la prospérité?

Les crises agricoles, parfois très profondes, qui sont intervenues dans le passé, n'ont pas forcément été résolues par des injections d'argent. En réalité, si un plan ne prévoit pas de mesures d'accompagnement aux agriculteurs, il aboutira nécessairement à un endettement grave et aura des retombées néfastes pour les citoyens.

Les paysans appartiennent eux aussi au monde du profit. Il ne faut pas uniquement écouter leurs revendications financières, mais également mettre en place des mesures d'accompagnement. Cette crise est un vrai problème sociétal, qui ne concerne pas uniquement les agriculteurs, mais aussi tout le monde rural.

Le plan annoncé par Nicolas Sarkozy pourra-t-il résoudre la crise agricole actuelle?

Aujourd'hui les structures agricoles sont vétustes et antisociales. Il est donc inutile de verser de l'argent dans ce cadre-là. Une réforme plus profonde est nécessaire. Il faut par exemple favoriser l'agriculture de proximité. Un projet éco-sociétal, qui permettrait de ramener sur le bon chemin les territoires, les sociétés et l'économie, doit être ancré dans la logique du développement durable.