Les prix agricoles condamnés à augmenter

Jocelyn Jovène

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Nourrir 9 milliards d'humains d'ici 2054 contre 6 milliards aujourd'hui. Leur fournir de quoi se vêtir et une partie de l'énergie nécessaire à leurs déplacements. Voilà les nombreux défis que devra relever l'agriculture au cours des prochaines décennies, au moment où le monde agricole, français notamment, est en crise.

Pour certains analystes et investisseurs, derrière ces défis se trament de grandes mutations pour l'agriculture mondiale, qui aura à terme une conséquence: la hausse durable des prix des grandes matières premières agricoles (blé, soja, coton).

Dans une étude publiée mi-octobre, les gérants de la société Passport Capital soulignent que cette hausse sera alimentée non seulement par la croissance de la population mondiale, mais également par la modification des habitudes alimentaires et l'utilisation de surfaces agricoles utilisées pour la production d'énergies moins polluantes (biofuel).

La hausse du niveau de vie se traduit dans de nombreux pays émergents par une augmentation des calories consommées de 28%, et par des régimes plus riches en protéines.

Jusqu'ici, l'essentiel des apports en protéines animales venaient de la pêche. Mais on observe une modification des habitudes de consommation vers des produits carnés et transformés. A cela s'ajoute une utilisation croissante de terres agricoles pour produire des carburants (éthanol), qui rend ces énergies particulièrement attrayantes quand le cours du baril de pétrole atteint des sommets.

Tous ces facteurs font croître la demande à un rythme plus rapide que l'offre. Cette dernière, qui reste soumise aux aléas du climat, avait par le passé progressé plus vite que la consommation des denrées agricoles. L'an dernier, après une flambée des prix agricoles, de bonnes récoltes et la reconstitution des stocks ont conduit à une chute des prix, se traduisant par un recul de 3,6% du revenu des agriculteurs des 27 pays de l'Union européenne, selon l'INSEE.

Cette situation s'inverse aujourd'hui et préoccupe certains analystes. Pour Emmanuel Jayet, de la Société Générale, l'enjeu pour le moyen terme pour l'agriculture mondiale est d'assurer une croissance régulière de la production, car, récession ou pas, la demande, elle, continue de progresser.