Saint-Gobain fait appel au marché

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Saint-Gobain vit des temps difficiles. Le spécialiste des matériaux de construction annonce un recul de 7,3% de son résultat net annuel à 1,38 milliard d'euros, et de 9,5% pour son bénéfice net courant, son principal indicateur de performance, à 1,91 milliard d'euros. Son chiffre d'affaires a augmenté de 0,9% à 43,8 milliards d'euros.

Le titre Saint-Gobain s'est effondré vendredi 20 février à la Bourse de Paris, perdant 15% à 23,8 euros. Son actionnaire de référence, la société d'investissement Wendel avec 21,5% du capital, a vu son cours de Bourse plonger de 24% à 24,15 euros. Wendel n'a pas indiqué s'il comptait participer à l'augmentation de capital, relançant la spéculation sur une situation financière fragile, et pointée du doigt par les agences de notation.

"Dans un contexte de faible visibilité résultant de la crise économique mondiale, qui rend obsolètes les objectifs 2010 qu'il s'était fixés en 2007, le groupe s'attend à une année 2009 particulièrement difficile, notamment au premier semestre", avertit Saint-Gobain dans un communiqué de presse.

Confronté à une forte hausse de son endettement dans une conjoncture qui se détériore, le groupe lance une augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros, qui devrait se traduire par l'émission de 108 millions d'actions nouvelles (voir encadré). L'opération doit "renforcer la flexibilité financière" de Saint-Gobain. Fin 2008, l'endettement net de Saint-Gobain était de 11,7 milliards d'euros, soit 80% des fonds propres, contre 9,9 milliards d'euros un an plus tôt, ou 65% des fonds propres. Le taux d'endettement du groupe sera ramené à 60%, ont indiqué les dirigeants de Saint-Gobain, vendredi matin.

"L'objectif est de renforcer la structure financière, de solidifier la notation de crédit et de permettre au groupe de travers la crise, quel que soit le scénario envisagé", a indiqué Benoît Bazin, le directeur financier du groupe, au cours d'une réunion de présentation des résultats.

Selon un courtier londonien, l'augmentation de capital se fait à un prix de 14 euros par titre, soit 50% en-dessous du dernier cours de Bourse. La dilution du bénéfice par action est estimée entre 18% et 20%, "dans un contexte de forte chute attendue des résultats".

En octobre dernier, Saint-Gobain avait averti qu'il ne pourrait pas tenir ses objectifs financiers pour l'année 2008, pourtant déjà revus à la baisse, en raison d'une détérioration brutale de la conjoncture à partir du troisième trimestre.

Au cours de l'exercice, les comptes de Saint-Gobain ont été pénalisés par la chute de la marge d'exploitation de l'activité Aménagement d'intérieur (plaques de plâtre), passée en un an de 11,8% à 8,9%, en raison du recul des marchés de la construction en Amérique du Nord et en Europe et de la hausse du coût de l'énergie. Cette même détérioration des marchés de la construction a pesé sur la marge d'exploitation de l'activité de Distribution du groupe, qui a reculé en un an de 5,7% à 4,5%.

L'autofinancement libre de Saint-Gobain a reculé de 7% à 1,3 milliard d'euros, alors que le groupe a dépensé 2,4 milliards d'euros l'an dernier pour réaliser des opérations de croissance externe, parmi lesquelles le rachat de Maxit, spécialiste des mortiers industriels.

"La gestion du cash est une priorité très grande pour 2009", a affirmé Pierre-André de Chalendar, le directeur général du groupe. "Nous voulons sortir encore plus fort de la crise et profiter au mieux de la reprise lorsqu'elle viendra", a ajouté le dirigeant.

Saint-Gobain va verser un dividende de 1 euro par action contre 1,8 euro un an plus tôt. Il annonce cependant de nouvelles mesures de réduction des coûts. Saint-Gobain a ainsi supprimé 8.000 emplois l'an dernier, dont 4.000 à partir du mois de juillet. Cette décision lui a permis de réduire ses coûts de 400 millions d'euros. Cela ne semble pas suffisant, puisque le groupe annonce à nouveau 600 millions d'économies supplémentaires cette année.

Wendel n'a pas encore indiqué s'il comptait participer à l'augmentation de capital à hauteur de 21,5%. Sa montée au capital de Saint-Gobain avait fait l'objet de vives tensions entre les deux groupes, notamment sur les orientations stratégiques et les évolutions du périmètre de Saint-Gobain. Cela semble désormais de l'histoire ancienne. "Wendel nous apporte beaucoup d'idées", a déclaré Pierre-André de Chalendar. "Leur rôle est très positif", a-t-il ajouté.

Saint-Gobain n'est pas le seul groupe industriel en proie aux difficultés. Lafarge annonce lui aussi une augmentation de capital de 1,5 milliard d'euros, alors que son résultat net a chuté de 89% au cours du quatrième trimestre 2008.