Le stress nous coûte entre 1 et 2 milliards par an

Catherine Vincent

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Depuis le début de la crise et l'affaire des suicides de France Télécom, le stress au travail est arrivé sur le devant de la scène médiatique française. Le mal-être au travail est une réalité pour bon nombre de Français.

On pourrait penser que les entreprises y trouvent leur compte. Que nenni, c'est aussi une aberration économique. Selon un rapport du Centre d'analyse stratégique remis aujourd'hui à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de la Prospective et du développement de l'économie numérique, le stress au travail coûte cher aux entreprises françaises et à la collectivité.

"En France, le coût direct et indirect du stress peut être évalué entre 1,2 à 2 milliards d’euros par an, ce qui équivaut à entre 3 et 3,5 millions de journées de travail perdues et 14,4 à 24,2% des dépenses de la branche accidents du travail et maladies professionnelles (ATMP) de la Sécurité sociale", note le rapport.

Une étude de l'agence européenne pour la sécurité et la santé au travail, "le coût de l'ensemble des problèmes de santé au travail est estimé entre 2,6 et 3,8% du PIB en fonction des Etats-membres.

Les TMS

Plusieurs pathologies sont associées au stress. Selon les données contenues dans le rapport du Centre d'analyse stratégique, le nombre de cas de troubles musculo-squelettiques (TMS), première cause de reconnaissance de maladie professionnelle pour les 40-60 ans, est en constante progression depuis 10 ans. En 2007, 34.200 nouveaux cas ont été indemnisés, contre 18.264 cas déclarés en 2001.

Ces TMS, principale raison d'absence au travail, sont le fait d'une combinaison de facteurs: "sollicitations biomécaniques au travail (mouvements répétitifs), mais aussi manque de soutien social ou insatisfaction dans le travail qui peuvent déclencher des maladies psychosomatiques". Leur coût représentait plus du tiers des indemnisations du régime général au titre des maladies professionnelles en 2008, indique le rapport sans citer de chiffre.

MCV et job strain

Le stress au travail entre aussi en compte dans le risque de maladies cardio-vasculaires (MCV) entraînant un risque accru de maladies coronariennes, d’accidents vasculaires cérébraux et même de décès par maladies cardio-vasculaires chez des personnes exerçant une activité professionnelle stressante et sans grande marge de manoeuvre (job strain).

Ce job strain multiplie aussi grandement le risque de troubles de santé mentale (dépression, syndrome d’anxiété), et le risque de troubles musculo-squelettiques (TMS).

Les auteurs du rapport du Centre d'analyse stratégique ont donc calculé les fractions attribuables au job strain : entre 8,4 et 31,1% des troubles de la santé mentale de la population salariée masculine et entre 9,9 et 33,6% de ceux de la population salariée féminine seraient imputables à la mauvaise qualité de leur travail objectivée par le job strain ; respectivement entre 4 et 21,5% et 6,1% et 12,6% des MCV, entre 4 et 22% de la mortalité par MCV pour les deux sexes ; entre 10% et 26,8% des TMS".

Mais ce n'est pas tout. Le stress chronique peut aussi entraîner une obésité abdominale, une résistance à l'insuline, de l'hypertension artérielle, une augmentation du taux de cholestérol, le développement de triglycérides, et des troubles du sommeil. Et quand on dort moins, on stresse plus. C'est l'escalade.

Le rapport du Centre d'analyse stratégique formule

plusieurs propositions pour remédier à la souffrance au travail
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