Prix Goncourt: 10 euros!

Marion Lippmann

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Les lauréats 2009 des prix littéraire les plus prestigieux étaient pressentis: Le 106e Goncourt est attribué à Marie N'Diaye pour Trois femmes puissantes, et le Renaudot revient à Frédéric Beigbeder pour Un roman français.

Au total, plus de 1.000 prix littéraires francophones existent. Néanmoins, tous ne sont pas prestigieux. Six d'entre eux peuvent se targuer d'avoir un poids médiatique à même d'influencer réellement les lecteurs: le Goncourt (qui existe depuis 1903), le Renaudot, le Femina, le Médicis, l'Interallié et le Grand Prix de l'Académie française.

10 euros

En France, les sommes allouées aux lauréats littéraires sont plutôt modeste. Le Goncourt n'attribue par exemple qu'une récompense de 10 euros, alors qu'en 1898, le testament d'Edmond de Goncourt prévoyait une enveloppe de 5.000 francs français.

Les pays étrangers sont souvent plus généreux. Aux Etats-Unis par exemple, gagner le Prix Pulitzer rapporte 5.000 dollars (3.300 euros).

Toucher le grand public

On l'aura compris, l'intérêt financier du Renaudot ou du Goncourt n'est pas immédiat. En revanche, ils se révèlent très lucratif par la suite, grâce à la très forte médiatisation qu'ils génèrent. La distinction, outre la reconnaissance du monde littéraire, permet en effet d'élargir considérablement le public touché par le livre, en assurant une sorte de promotion à grande échelle. Le succès commercial est ainsi garanti.

En France, un livre est considéré come un succès lorsqu'il en a été vendu plus de 20 000 exemplaires. Or d'après l'institut de sondage français Ipsos, entre 2000 et 2005, chaque Goncourt s'est vendu en moyenne à 237.000 exemplaires. Et certains livres sortent du lot, en explosant les ventes. Par exemple, Les Bienveillantes, le Goncourt 2006 de Jonathan Littel chez Gallimard a été vendu à plus de 730.000 exemplaires.

Outil marketing

Afin de ne pas perdre une miette des bénéfices apportés par le livre primé, les éditeurs ne lésinent pas sur la stratégie marketing. Dès le lendemain des annonces, ils ornent l'ouvrage d'un bandeau rouge afin qu'aucun lecteur ne passe à coté.

De grosses sommes sont à la clé, aussi bien pour les auteurs que pour les éditeurs. En moyenne, ces derniers touchent 50 % du prix hors taxe d'un livre, et en reversent environ 10 % aux auteurs. Les éditeurs ont besoin de best-seller, puisque ceux sont ces livres à grand succès qui financent les autres parutions vendues, la plupart du temps, à perte. Gagner un prix est donc pour eux une formidable opportunité de booster les ventes.

Petits arrangements?

La période des prix littéraires suscite chaque année de vives critiques autour du choix des jurys. La problématique est récurrente: est-ce la qualité de l'œuvre qui a été récompensée ou les éditeurs ont-ils influencé la décision?

Ces suspicions sont fondées. Ces 20 dernières années, les quatre maisons d'édition Gallimard, Grasset, Le Seuil et Albin Michel ont remporté à elles seules 85 % des 6 grands prix littéraires. La présence dans les jurys d'auteurs édités par ces maisons laisse planer un doute sur la légitimité du choix du vainqueur. En 2007, une enquête du service central de la prévention de la corruption avait d'ailleurs conclu qu'il existait bien "un risque de conflit d'intérêts" qu'il était cependant difficile de prouver.

Les Français adhèrent

Malgré cet aspect, une majorité des français fait plutôt confiance aux prix littéraires. En effet, 57% d'entre eux estiment que le Goncourt est un gage de qualité pour un livre, selon un sondage TNS-Sofres pour le magazine Pèlerin d'octobre 2005.