Eurocopter aurait perdu un contrat de 100 millions d'euros avec la gendarmerie

Anne-Sophie Galliano

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Les gendarmes ne sont pas à la fête. Ce corps, depuis toujours sous l'autorité de la Défense, vient de passer sous la tutelle du ministère de l'Intérieur. Les arguments en faveur d'une telle fusion: les gendarmes veillent, sur le sol français, à la sécurité du territoire national, tout comme les policiers alors pourquoi ne pas les regrouper sous le même ministère de tutelle. C'est chose faite depuis le 1er janvier 2009. Les gendarmes garderont toutefois leur statut de militaire puisqu'ils continueront à participer aux opérations extérieures de la France.

Si leur statut militaire est maintenu, en revanche leurs équipements sont largement revus à la baisse. Selon nos informations, l'option pour l'acquisition de 25 hélicoptères EC135 devrait être annulée. Un manque à gagner de 100 millions d'euros pour Eurocopter, un ECR coûtant environ 4 millions d'euros. Cette option, qui devait être exercée dans les premiers mois de 2009, avait été négociée lors de la signature d'un contrat pour l'acquisition de 10 EC135 fin 2006. La gendarmerie nationale devra finalement se contenter de ces dix hélicoptères. Eurocopter n'a pas souhaité infirmer ou confirmer cette information.

De son côté, l'hebdomadaire TTU révélait qu'à la suite d'une querelle entre la place Beauvau et l'hôtel de Brienne, l'achat de 92 véhicules blindés pour la gendarmerie, un marché de 30 millions d'euros pour Renault Trucks était annulé. Personne ne veut payer la note.

Les gendarmes ne peuvent, eux, que regretter cette situation. Ils devront se contenter de leur matériel existant. Pourtant, le budget de fonctionnement de la gendarmerie nationale a été transféré du budget de la Défense vers celui de l'Intérieur. Un budget total de 7,614 milliards d'euros selon la loi de Finance pour 2009. Une ligne de crédit d'équipements aurait aussi été transférée de la Défense à l'Intérieur, comme le confirme l'ensemble des intéressés. Mais son montant est un mystère bien gardé."L'Intérieur peut décider de réaffecter comme il l'entend cette ligne de crédit", précise une source proche du dossier. Elle n'est vraisemblablement pas réaffectée pour l'équipement des gendarmes.

Mais les gendarmes ont-ils véritablement besoin de nouveaux blindés et d'hélicoptères supplémentaires? A priori, oui, puisque le ministère de la Défense a commandé ces nouveaux véhicules pour équiper les gendarmes lors des opérations extérieures. Ces dernières sont d'ailleurs appelées à se développer, en témoigne l'envoi de soldats supplémentaire en Afghanistan. Les missions extérieures deviennent aussi de plus en plus dangereuses pour les militaires, une situation qui justifie la commande de nouveaux équipements. Mais encore faut-il payer blindés et hélicoptères. C'est là que le bât blesse. Maintenant que les gendarmes sont sous la tutelle de l'Intérieur, ce serait logiquement à ce ministère de payer la note. Ce qu'il refuse de faire, puisque les gendarmes effectuent ces fameuses opérations extérieures pour le compte de la Défense. Dans cette querelle de chapelle, les gendarmes sont les grands perdants.

Une situation qu'avait anticipée en 2003 Michèle Alliot-Marie. Alors ministre de la Défense, elle avait envoyé à son homologue de l'Intérieur de l'époque, Nicolas Sarkozy, un courrier fustigeant ce rattachement de la gendarmerie à l'Intérieur, selon un extrait de la lettre publiée cette semaine dans Le Canard Enchaîné. "Plus on rapproche la gendarmerie de la police, plus on encourage les surenchères entre les deux corps et les revendications catégorielles en échelle de perroquet conduisent à une spirale inflationniste dommageable pour les finances publiques et périlleuse pour la paix social", écrivait l'actuelle ministre de l'Intérieur. Pour elle, ce projet était donc "inopportun" et "injustifié". Le 1er janvier 2009, Michèle Alliot-Marie a dû elle-même mettre en œuvre le rapprochement gendarme-police, et convaincre ses troupes de son bien fondé… .