Jean Sarkozy, un CV trop court

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La polémique sur l'arrivée de

Jean Sarkozy à la présidence de l'Epad
est à son apogée. Une pétition a réuni 84.000 signatures pour qu'il renonce. Lui affirme qu'il ira jusqu'au bout. Chacun déploie ses arguments.
La droite serre les rangs derrière le fils du président,
la gauche l'attaque. Chacun est dans son rôle. Mais qu'en pense l'opinion publique qui se réfère souvent au bon sens?

Pour une grande partie des Français, qui n'avait pas ou peu entendu parler de l'Epad avant cette affaire, le problème dépasse le simple débat politique. Et la véritable question demeure bien: Jean Sarkozy a-t-il les compétences et l'expérience nécessaires pour accéder à la présidence de l'Epad? Posons la question à l'envers: Jean Sarkozy aurait-il eu une quelconque chance d'obtenir ce poste s'il n'était pas le fils de Nicolas Sarkozy?

Sans passion (au sens philosophique du terme) ni militantisme, une seule réponse s'impose: non! Connaît-il le milieu des affaires? Est-il un bon juriste? A-t-il des compétences managériales? Non, non, et encore non.

Est-il imaginable qu'une entreprise, qu'elle soit publique ou privée et qui voit arriver au sein de son conseil d'administration un jeune homme de 23 ans sans diplôme ni expérience -il a redoublé sa deuxième année de droit préférant sa carrière politique- le porte immédiatement à sa présidence? Un tel scénario sort du monde des affaires pour entrer dans celui de la foi. A moins que ce jeune homme ne soit le fils du président de la République. Car comme l'a remarqué ce matin le ministre du Travail, Xavier Darcos, 11.500 élus français ont moins de 25 ans. Combien d'entre eux peuvent prétendre à un poste aussi prestigieux que la présidence de l'Epad?

Certes, cette présidence est un poste politique depuis le début des années 90 et l'arrivée de Charles Ceccaldi-Raynaud. D'ailleurs, dans un contexte très particulier de guerre des clans de droite, Nicolas Sarkozy (qui l'a occupée de 2005 à 2006) a pris soin d'y placer par le passé des fidèles comme Patrick Devedjian, le président sortant qui se trouve aussi être ministre de la Relance. Personne -en dehors des politiques- n'a rien trouvé à redire et le débat n'a pas été porté sur la place publique. Car Devedjian, comme les autres présidents de l'Epad, avait une carrière professionnelle et un parcours politique avant de prendre cette présidence.

Le problème de Nicolas Sarkozy est que, compte tenu des enjeux financiers de La Défense, il n'entend pas en céder le contrôle. Un bon connaisseur des milieux politiques a expliqué à E24 que le président de la République a préféré nommer quelqu'un de sa famille en qui il pouvait avoir une confiance aveugle plutôt que quelqu'un de sa famille politique à qui il ne pouvait se fier totalement. Mais dans ce calcul, il n'a pas vu venir la polémique.

Au regard de ces éléments, la défense de Jean Sarkozy est bien faible. "Quoi que je fasse, je serai critiqué", a-t-il répondu au Parisien. Là encore, c'est totalement faux. Il ne serait pas critiqué s'il avait l'humilité de vouloir prouver ce dont il est capable avant de prétendre à des postes aussi prestigieux. Il ne serait pas critiqué s'il avait eu à cœur de parfaire sa formation avant de prendre le pouvoir. Il ne serait pas critiqué si, comme son frère Pierre, il avait lancé et fait prospérer sa petite entreprise histoire d'affûter ses armes.

D'autres "fils ou fille de" ont suivi la voie de leurs parents en politique, y compris à gauche comme l'a très justement remarqué Jean-François Copé, président du groupe UMP à l'Assemblée nationale. A une différence près. Ils ont souvent été plus irréprochables que les anonymes. Prenons par exemple Martine Aubry. Elle est certes la fille de Jacques Delors. Mais elle est aussi énarque et a beaucoup travaillé pour faire reconnaître ses compétences professionnelles. Sa réussite, elle ne la doit ni à son père, ni à son nom mais à son travail même s'il est vrai qu'être "fille de" ouvre certaines portes comme il est vrai que ça en ferme d'autres.

L'argument des diplômes avancé par Xavier Darcos ne tient pas plus debout. "Faut-il être inspecteur des Finances pour faire de la politique? Alors M. (Pierre) Bérégovoy qui avait un CAP ne pouvait pas être Premier ministre et M. (René) Monory qui était garagiste ne pouvait pas être président du Sénat ou ministre de l'Education nationale", a-t-il avancé. Rappelons juste que Pierre Bérégovoy n'a pas été Premier ministre à 23 ans mais après une longue carrière politique et qu'il en est de même pour René Monory. Et puis entre l'ENA et aucun diplôme il y a un monde.

Quant au fait que Jean Sarkozy sera élu par le conseil d'administration de l'Epad, c'est le non argument absolu. C'est une simple formalité. Qui s'opposera à la volonté du président de la République au sein du conseil d'administration de l'Epad? Personne.

Le réformateur Nicolas Sarkozy a défendu le 13 octobre 2009 l'ascenseur social devant des lycéens. Avec la quasi-nomination de son fils à la présidence de l'Epad, il envoie un message clair aux jeunes Français qui galèrent en cette période de crise: rien ne change en France. Faites ce que je dis, pas ce que je fais…