Jean Sarkozy à La Défense: un parcours sans obstacles

Thibaud Vadjoux

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L'arrivée prochaine de Jean Sarkozy à la tête de l'Epad, l'organisme chargé de gérer le foncier de la Défense, le quartier d'affaires parisien, repose sur plusieurs élections et non sur une nomination, répète l'intéressé dans la presse. (cf.interview, mardi 13 octobre, sur France 3).

A l'Epad, les portes se sont pourtant ouvertes très facilement au passage de Jean Sarkozy. Les unes après les autres.

Premier sésame: L'Elysée demande à Patrick Devedjian de quitter la présidence de l'Epad malgré son souhait d'y rester.

L'Epad va bientôt doubler la taille de son territoire sous gestion en s'accaparant des terrains de la proche commune de Nanterre. Dans un premier projet de décret prévoyant la fusion des deux établissements publics des Hauts-de-Seine - Epad (Défense) et Epasa (Nanterre), une disposition rédigée par Matignon permettait de repousser la limite d'âge de 65 à 70 ans ans pour présider l'Epad.

Cela aurait permis à Patrick Devedjian de rester en place à la tête de l'Epad jusqu'aux élections cantonales de 2011 alors qu'il avait atteint la limite d'âge de 65 ans. Mais selon une source proche du dossier des Hauts-de-Seine, "le projet de décret" sur la fusion ne comportait plus cette disposition "après être passé à l'Elysée". Contactée par l'AFP, la présidence n'a pas souhaité faire de commentaire.

La voie était libre pour renouveler la présidence de l'Epad.

Deuxième sésame: Une place se libère au CA de l'Epad

Les présidents de l'Epad ne peuvent être choisis qu'au sein du conseil d'administration (CA) et Jean Sarkozy n'en fait pas partie. Il a donc été préalablement nécessaire de l'y faire entrer. Hervé Marseille, représentant du Conseil général des Hauts-de-Seine, a annoncé sa démission prochaine.

Hasard de calendrier? Celui-ci a été nommé à l'été 2009 membre du Conseil Economique et social par l'Elysée. Devant les interrogations soulevées par la presse sur cette démission opportune, Hervé Marseille a assuré qu'il n'avait subi "aucune pression". "Si on sous-entend que j'ai été acheté, je trouve cela humiliant!", s'était-il défendu.

C'est la deuxième fois qu'Hervé Marseille cède sa place à Jean Sarkozy. En juin 2006, il voulait briguer la présidence du groupe UMP-Nouveau Centre du Conseil Général des Hauts-de-Seine. Elle était finalement revenue à Jean Sarkozy.

Troisième sésame: Le groupe UMP des Hauts-de-Seine désigne son représentant, en l'occurrence le patron du groupe: Jean Sarkozy.

Le 23 octobre prochain, les membres du groupe UMP-Nouveau Centre des Hauts-de-Seine doivent désigner leur représentant pour remplacer Hervé Marseille. Jean Sarkozy qui dirige ce groupe, a obtenu le 8 octobre le soutien de sa majorité pour se présenter au poste d'administrateur et briguer ainsi la présidence de l'Epad. Le choix des candidats était limité.

Quatrième sésame: Le CA de l'Epad est acquis à Jean Sarkozy

Le 4 décembre prochain, le conseil d'administration de l'Epad va élire son président. Aujourd'hui deux candidats sont en lice: Jean Sarkozy et Patrick Jarry, maire PCF de Nanterre et administrateur de l'Epad.

Le maire communiste, en guerre contre la fusion de l'Epad et de l'Epasa, a annoncé sa candidature mercredi 13 octobre. "Je ne vois pas en quoi je serai moins légitime que Jean Sarkozy", a t-il affirmé, en marge d'une réunion avec les journalistes à la préfecture des Hauts-de-Seine, à Nanterre. "Avec l'extension de La Défense", prévue dans un projet de décret, "le territoire sera à 70% situé sur ma ville", a-t-il ajouté.

Patrick Jarry n'a aucune chance d'être élu face à Jean Sarkozy au regard de la composition du conseil d'administration de l'Epad. Il compte 18 administrateurs: 9 représentants des collectivités territoriales et autant de représentants de l'Etat. Ces derniers sont des hauts-fonctionnaires des ministères de l'Economie, de l'Equipement, de la Culture et de l'Intérieur. Parmi les 9 autres représentants des collectivités locales, les maires de Puteaux et Courbevoie sont UMP. Jean Sarkozy représentera les Hauts-de-Seine. Celui-ci peut être donc élu à la majorité absolue dès le premier tour.

Conscient de son handicap, le maire de Nanterre a réclamé que les neuf administrateurs de l'Etat, qui représentent les ministères, ne se prononcent pas lors du vote. Ca ne coûte rien de demander.

Qui pourrait arrêter Jean Sarkozy? "L'élection du futur président, prérogative du CA, est manifestement comparable à ce qui existe malheureusement encore dans quelques pays africains", se désole Marie Laure-Meyer, représentante de la région d'Ile-de-France (PS) au conseil d'administration de l'Epad, sur son blog.