Vivendi: Jean-René Fourtou dit n'avoir rien su

E.M. avec AFP

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Les jurés du procès Vivendi ouvert la semaine dernière à New York ont entendu mercredi le président du conseil de surveillance du groupe, Jean-René Fourtou, dire qu'il n'avait jamais décelé les irrégularités comptables alléguées par des actionnaires, ne les ayant jamais cherchées.

"Je n'ai pas du tout regardé le passé" à (ma) prise de fonctions après le départ de Jean-Marie Messier en juillet 2002, a déclaré M. Fourtou lors d'une déposition enregistrée diffusée au tribunal.

"Comme je n'ai pas cherché, je n'ai pas trouvé" d'irrégularités, a-t-il ajouté, en précisant en outre que depuis qu'il était à la tête du groupe, "personne ne (lui) a rapporté qu'ils avaient découvert quelque chose".

Une défense "solidaire"

M. Fourtou, après avoir assisté à l'ouverture du procès la semaine dernière pour incarner le groupe qui est poursuivi par les actionnaires, n'était pas présent mercredi.

Son témoignage est cohérent avec le choix de Vivendi d'adopter une stratégie de défense "solidaire" de l'ancien PDG Jean-Marie Messier et de l'ex-directeur financier Guillaume Hannezo, également poursuivis.

Procès

Dans ce procès, les parties civiles estiment avoir été trompées par la communication financière exagérément optimiste du groupe de médias en 2000-02, alors qu'il frôlait la faillite en raison du poids des dettes accumulées durant l'expansion rapide pilotée par M. Messier.

Vivendi, M. Messier et M. Hannezo font en revanche valoir qu'aucune fraude n'a été commise et que les risques n'avaient jamais été cachés aux investisseurs.

L'accusation, qui étaie ses arguments sur divers éléments montrant la panique s'étant emparée de M. Hannezo et de certains autres responsables du groupe au fur et à mesure que se creusaient les difficultés du groupe, a également fait comparaître mercredi Marie-Josée Kravis, ancienne administratrice.

Mme Kravis, une économiste épouse du financier Henry Kravis, co-fondateur du fonds d'investissement KKR, a été confrontée à plusieurs emails, dont certains qu'elle avait écrits elle-même, les autres lui ayant été adressés, révélant l'irritation croissante du conseil d'administration face à M. Messier, acculé à la démission en juillet 2002.

Aucune communication "fausse"

Mais elle a indiqué qu'aucun auditeur extérieur n'avait jamais décelé de communication financière "fausse ou trompeuse".

Vivendi court le risque de devoir verser plusieurs milliards de dollars au terme de ce procès en nom collectif. Toutefois ce risque pourrait être considérablement réduit si les investisseurs français, qui représentent 60% des actionnaires concernés, sont exclus de la procédure, comme le groupe l'a demandé à la justice française la semaine dernière.

Les parties civiles espèrent que le juge américain présidant les débats à New York ordonnera dans les jours qui viennent à Vivendi de renoncer à "faire pression" sur les actionnaires français pour qu'ils quittent la procédure.