Vente d'Opel: Dix mois de rebondissements

Guillaume Guichard

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Opel restera finalement dans le giron de sa maison-mère américaine, General Motors. Par cette décision, le géant américain de l'automobile prend tout le monde, du gouvernement allemand au repreneur Magna, à contre-pied. Une fin digne du feuilleton à rebondissements qui dure depuis février 2009.

Au départ, l'affaire semblait pourtant entendue. A cours de liquidités et plombé par des commandes en chute libre, GM se dirige, début 2009, tout droit vers le chapitre 11, la loi américaine sur les faillites. Le groupe ferme des usines, supprime des emplois par milliers afin de, simplement, ne pas mourir.

Prendre le large

Dans ces conditions, GM n'a pas les moyens de conserver sa principale marque européenne, Opel. Les salariés et le gouvernement allemand s'inquiètent. GM, qui rapatrie déjà vers les Etats-Unis tous les profits réalisés en Europe, pourrait décider de restructurer de manière drastique sa filiale européenne. Une perspective désagréable pour Berlin, à quelques mois des élections législatives. Opel emploie près de 25.000 personnes en Allemagne.

La solution, pour Opel, apparaît claire aux responsables politiques et syndicaux allemands: prendre le large. "Opel n'a plus d'avenir aux côtés de General Motors", déclare en février le syndicaliste allemand Klaus Franz. Le temps presse. La marque, dont les finances sont asséchées par sa maison-mère et des ventes en chute libre, a besoin de cash. Elle demande 3,3 milliards d'euros d'aides publiques. Sinon, elle licenciera 11.000 salariés.

"Plus de liberté" pour Opel

Le gouvernement ne dit pas non mais pose ses conditions. Pour éviter que les aides allemandes finissent dans les poches de l'Américain, Angela Merkel veut avant tout "vérifier de quelle manière General Motors pourrait se retirer un peu, donner plus de libertés à Opel". Du côté de GM, la vente de la marque européenne représente aussi un avantage: elle lui permettrait de récolter de précieuses liquidités.

Le principe d'une cession à peine acté officiellement, les candidats à la reprise se bousculent au portillon. Fiat, qui vient de mettre la main sur Chrysler, n'est pas rassasié et propose, début mai, jusqu'à un milliard d'euros pour reprendre Opel.

Négociations tendues

L'Italien est vite écarté. A la place, la candidature de Magna, équipementier canadien réalisant 23 milliards de dollars de chiffre d'affaires, reçoit la bénédiction de Berlin… alors que le fonds d'investissement RHJ International, devient, lui, le préféré de GM.

Les négociations sont tendues et les relations entre GM et le gouvernement allemand, qui ne sont pas au beau fixe depuis le début, deviennent exécrables. Berlin se méfie toujours de l'Américain, soupçonné de vouloir détourner à son profit les aides publiques qui pourraient être accordées à Opel.

Durant l'été, Angela Merkel pousse donc la candidature de Magna. Et pour cause. Alors qu'une reprise par RHJ laisse craindre une restructuration lourde, Magna entend supprimer un minimum d'emplois. Un argument de poids en pleine campagne électorale.

Magna vainqueur

Le 10 septembre, les efforts de Berlin payent: Magna remporte la mise. General Motors annonce qu'il va lui vendre 55% du capital d'Opel et en conserver 35%. Les 10% du capital restants seront détenus par les salariés de GM.

Le feuilleton n'est pas terminé: Magna doit négocier les modalités du rachat et GM se montre très exigeant. Le géant américain fait bientôt savoir qu'il entend garder un œil sur Opel. "Nous allons conserver de façon substantielle le contrôle sur le développement des produits et des moteurs, c'est-à-dire sur la propriété intellectuelle et sur les achats globaux", déclare fin septembre Fritz Henderson, le directeur général de GM.

Jouer la montre

L'Américain l'a mauvaise. Il voulait revendre Opel à RHJ afin de pouvoir, selon les observateurs du secteur, racheter la marque européenne après que le fonds a fait le "sale boulot" lié à la restructuration de la marque.

Au final, General Motors aura donc réussi à jouer la montre durant les négociations, attendant que ses finances s'améliorent pour ne plus avoir à lâcher Opel contre son gré. La marque allemande a-t-elle pour autant un avenir aux côtés de GM? Conserver sa filiale européenne pourrait bien coûter très cher à l'Américain. Et à l'Allemagne, question emplois.