Les risques inédits de la finance islamique

G. G. avec AFP

— 

La finance islamique n'a pas les défauts de la finance classique. Elle interdit la spéculation, donc garanti un certain niveau de stabilité. Mais elle a ses propres faiblesses, a souligné le gouverneur de la Banque de France Christian Noyer. Les députés ont adopté mi-septembre une proposition de loi autorisant l'émission d'obligations islamiques appelées "sukuk".

Certes, la finance islamique "interdit le paiement et la réception d'intérêts à un taux fixé d'avance" et "interdit la spéculation", des principes qui favorisent la stabilité du système financier, a rappelé Christian Noyer en ouverture d'une conférence sur la finance islamique à Paris.

"Mais d'un autre côté les banques islamiques sont pour le système financier porteuse de risques qui diffèrent à bien des égards de ceux provoqués par les banques conventionnelles, en ce qui concerne, par exemple, la liquidité, les risques opérationnels et légaux", a-t-il nuancé.

"Les banques islamiques sont confrontées à des difficultés spécifiques en matière de gestion des liquidité, l'interdiction des intérêts ayant conduit à un développement insuffisant de leurs fonds propres", a-t-il poursuivi.

Charia

Ce risque peut être amplifié par "le manque de standardisation des produits financiers, et le manque d'harmonisation des normes islamiques, avec par exemple des différences dans l'interprétation de la charia, des normes comptables", a-t-il dit.

De plus, l'interdiction de financer certains secteurs d'activité accroît la concentration des investissements, pouvant contribuer à la formation de bulles, comme pour l'immobilier dans le Golfe.

Les banques islamiques qui souhaiteront s'installer en France devront satisfaire aux mêmes critères que les banques traditionnels, a souligné Christian Noyer. Mais au-delà, les régulateurs seront particulièrement attentifs à leur gouvernance, leur gestion de la liquidité, l'accès de ces banques aux banques centrales européennes.

Nouveau débouché

L'implantation en France de la finance islamique est encouragée par le gouvernement, qui œuvre notamment au plan législatif pour la faciliter. C'est aussi un nouveau débouché pour les banques traditionnelles. Le Crédit agricole a annoncé lundi le lancement de sa première SICAV conforme à la charia, de droit Luxembourgeois et enregistré en France.