Vers des réseaux saturés?

Guillaume Guichard

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Ignorant la crise, le marché des smartphones n'a cessé de croître ces derniers mois, porté par l'engouement pour l'iPhone et la baisse des prix. Les opérateurs se réjouissent de l'apparition de ce relais de croissance.

Les ventes de ces téléphones portables conçus pour surfer sur Internet devraient croître de 20% cette année, selon le cabinet Gartner. La tendance devrait s'accélérer en 2010, avec 43% de croissance, grâce à la multiplication des offres bons marché. d'autre part, le nombre de clients de clés 3G, très consommateurs de bande passante, explose. Chez Orange, il a quasiment doublé, passant de 374.000 clients au premier semestre 2008 à 798.000 à la fin fin juin 2009.

Seulement, l'explosion des ventes de smartphones et de clés 3G a entraîné une hausse très importante du trafic, mettant la pression sur les réseaux des opérateurs. "Actuellement le trafic mobile est multiplié par deux tous les deux ans", indique André Mechaly, responsable stratégie et marketing pour l'activité mobile d'Alcatel-Lucent.

Croissance imprévue

D'un côté, les acteurs du secteur se félicitent: ils rentabilisent enfin leurs lourds investissements réalisés les années passées dans les réseaux 3G pour Internet mobile. Mais c'en est presque trop: "la croissance du trafic a été supérieure à celle prévue par les opérateurs", souligne Jean-Claude Delcroix, vice-président de la recherche Stratégie des opérateurs chez Gartner.

Plus précisément, "On assiste à des problèmes de congestion des réseaux dans les grandes villes aux heures de pointe", remarque Pierre Carbonne, analyste à l'Idate. "Ce phénomène devrait s'étendre au niveau géographique avec la généralisation de l'internet mobile". Du coup, les opérateurs courent le risque de vivre des pannes… très médiatiques.

Points chauds

Les opérateurs doivent donc renforcer leurs réseaux sur certains "points chauds" du réseau. Selon l'équipementier Ericsson, en moyenne 1% d'un réseau supporte 50% du trafic. "Le problème concerne certains utilisateurs, utilisant certains types de terminaux mobiles très gourmant en données (clé USB 3G, smartphones), à certaines heures", explique Steven Hartley, analyste senior au cabinet Ovum.

Les opérateurs doivent donc fixer quelques rustines sur à des endroits précis de leurs réseaux. Problème, les coûts augmentent actuellement plus rapidement que les revenus liés à l'Internet mobile, ce qui réduit les marges du secteur.

Coûts élevés

Les opérateurs vont devoir se coltiner ce problème durant quelques années. "Ils se trouvent dans une situation délicate qui devrait perdurer jusqu'en 2011 environ", analyse Jean-Claude Delcroix. "Le coût de la technologie réseau, très élevé actuellement avec la 3G+, devrait être divisé par dix dans les cinq ans avec l'émergence de la LTE (Long Term Evolution)".

En attendant, les opérateurs fixent des plafonds de téléchargement. En outre, ils vont devoir utiliser des techniques de déviation du trafic vers des bornes wifi, ou encore vers des réseaux fixes, notamment pour les usages domestiques de l'internet mobile, très répandu. De leur habileté en la matière dépendront l'efficacité de leur réseau et la sauvegarde de leurs marges.

"Machine to Machine"

En outre, les opérateurs devront trouver de nouvelles sources de revenu pour rentabiliser ces investissements. En outre, les opérateurs devront trouver de nouvelles sources de revenu. "Ils peuvent vendre des capacités réseau avec une qualité de service différenciée, à des entreprises de services, comme des fabricants de GPS, en leur proposant de faire passer par leur tuyaux des informations sur le trafic routier. On peut trouver d’autres exemples dans la e-santé et la e-education", décrit André Mechaly, d'Alcatel-Lucent. Ce type de service, appelé communication de machine à machine (M2M), offre donc de nouvelles perspectives aux opérateurs. A eux de savoir en profiter.