La question des actifs toxiques n’est pas résolue

Jocelyn Jovène

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L'Europe n'a fait qu'un tiers du chemin pour reconnaître les pertes des banques liées à la crise financière, selon une étude rendue publique mercredi 25 mars par Goldman Sachs. Selon un scénario de "stress test" défini par la banque américaine, les établissements de crédit de la zone euro pourraient constater au total 922 milliards d'euros de pertes des suites de la crise financière, un coût brut qui représente au total 10,1% du PIB. A ce jour, 346 milliards d'euros de pertes ont été constatés, soit 3,8% du PIB.

Le ratio des pertes attendues représente un niveau important, mais "reste finalement dans les fourchettes historiquement familières des crises bancaires", estime la banque. "Il y a encore du chemin à faire et il ne faut pas sous-estimer les ajustements dans les trimestres et années à venir", a toutefois reconnu Natacha Valla, économiste chez Goldman Sachs au cours d'une conférence de presse. La principale source des risques vient de l'exposition au marché immobilier américain, ainsi qu'aux pays d'Europe centrale et orientale, région particulièrement affaiblie par la récession économique mondiale et le dérapage de l'endettement dans ces pays.

Dans ce contexte, la Banque centrale européenne devrait continuer d'assouplir sa politique quantitative en baissant ses taux. L'autorité monétaire va prolonger ses injections de liquidités jusqu'à la fin de l'année 2009, alors que son intervention devait s'arrêter fin mars. Elle ne devrait pas en revanche se lancer dans une opération de monétisation de la dette, en rachetant des obligations d'Etat, instrument employé aux Etats-Unis pour faire baisser les taux d'intérêt à long terme et faire baisser le coût des crédits hypothécaires.

Quoi que fasse la BCE, le contexte économique n'est guère porteur. Goldman Sachs prévoit pour 2009 une contraction de 3,6% du PIB pour la zone euro (dont -5,2% en Allemagne et -2,9% en France). Pour soutenir l'activité économique, face à une consommation qui donne des signes de faiblesse ou est déjà en berne dans plusieurs pays, la banque a estimé que l'endettement de la zone euro devrait sensiblement augmenter, pour se situer entre 90% et 100% du PIB de la zone euro en 2015. "La mauvaise nouvelle, c'est la forte hausse de l'endettement public", observe Natacha Valla. "La bonne, c'est que le niveau de dette devrait se stabiliser à cet horizon." Cependant, de nombreux pays n'éviteront pas un nouveau plan de relance, a estimé l'économiste de Goldman Sachs. Parmi ces pays, la France devra réfléchir à un moyen de soutenir une consommation des ménages à bout de souffle.