"La Chine n'est plus une économie communiste"

Propos recueillis par Guillaume Guichard

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60 ans après, que reste-t-il du communisme dans l'économie chinoise?

Françoise Lemoine - La Chine n'est plus une économie communiste. Les prix sont fixés librement, à de rares exceptions près (carburant, ndlr) et le secteur privé contribue à hauteur des 2/3 du PIB, selon les chiffres de l'OCDE. La petite industrie, très dynamique, est aujourd'hui très largement privée et l'agriculture n'a plus rien d'étatique.

Mais l'Etat garde des capacités d'intervention très importantes dans l'économie, héritage du système communiste. Toutes les grandes entreprises sont détenues en majorité par l'Etat, que ce soit dans les télécoms, l'automobile ou l'énergie. Et toutes les banques sont étatiques, à l'exception d'une seule. Cette situation rappelle celle qui prévalait dans les pays ouest-européens dans les années 50.

D'autre part, l'Etat conserve une très grande influence dans le secteur privé. Les sociétés doivent bénéficier du soutien implicite ou explicite des autorités pour pouvoir se développer.

Comment l'économie chinoise s'est-elle libéralisée?

A la fin des années 70, les autorités chinoises ont voulu sortir de l'économie planifiée. Sans avoir pour autant de stratégie de long terme pour développer un système capitaliste. Leur objectif était d'abord d'améliorer le fonctionnement de l'économie et d'accroître le niveau de vie.

Pour cela, ils ont commencé par décollectiviser l'agriculture et les campagnes chinoises sont revenues à un système d'exploitation familial. Comme cette politique a entraîné de bons résultats, comme l'augmentation des récoltes, Pékin a décidé d'étendre progressivement la libéralisation de l'économie. Elle a progressivement abandonné le contrôle des prix, des salaires et des PME.

Dès 1979, les autorités chinoises ont autorisé les investissements étrangers. Aujourd'hui, 1/3 du secteur privé industriel est à capitaux étrangers.

La crise économique va-telle remettre en cause la libéralisation de l'économie?

Le plan de relance va à contrecourant du développement du secteur privé. Face à la chute brutale des exportations, les autorités ont voulu stimuler la demande intérieure via des investissements publics massifs dans les infrastructures. Mais cela profite surtout à des secteurs traditionnellement étatiques.

Le secteur privé doit maintenant prendre la relève, afin de contribuer à relancer la demande intérieure. Cette dernière est d'ailleurs atrophiée par le système économique chinois, tourné vers les exportations. Pour favoriser cet aspect oublié de son économie, la Chine pourrait offrir de nouveaux débouchés au secteur privé en lui ouvrant des secteurs auxquels il n'avait pas accès auparavant, comme l'éduction et la santé, par exemple.