Juncker plaide pour un dollar fort

CV avec AFP

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Le chef de file des ministres des Finances de la zone euro, Jean-Claude Juncker, a appelé mardi les Etats-Unis à encourager un "dollar fort", alors que les Américains sont soupçonnés de s'accommoder de la faiblesse du billet pour doper leur croissance.

En fait, depuis de nombreux mois, le dollar fait un yo-yo incessant.

En Europe, "nous aimons cette phrase", souvent réaffirmée dans le passé par les autorités américaines, "qui dit qu'un dollar fort est dans l'intérêt de l'économie américaine", a critiqué Jean-Claude lors d'une audition devant le Parlement européen à Bruxelles.

Mais "je dois attirer votre attention sur le fait que nous n'avons pas entendu cette phrase dans la période récente et j'aimerais l'entendre à nouveau dans les prochains jours", a ajouté le Luxembourgeois, qui préside le forum des ministres des Finances de la zone euro.

Cet appel, lancé à l'administration Obama, intervient alors que le dollar a fortement baissé face à l'euro ces derniers mois, sans faire réagir les autorités américaines, tant la banque centrale que le gouvernement.

Pour de nombreux économistes, l'administration du président Barack Obama se satisfait en fait pleinement de cette dépréciation du billet vert qui dope les exportations de produits américains et constitue donc un élément de reprise de la croissance économique des Etats-Unis, après la récession.

Le problème est que, par contrecoup, c'est l'euro qui s'apprécie, avec le risque de peser sur les exportations européennes et d'étouffer le timide début de reprise économique actuellement constaté, font valoir les économistes.

Même analyse pour Trichet

Déjà la veille, le président de la banque centrale européenne,

Jean-Claude Trichet avait tenu des propos similaires à ceux de Jean-Claude Juncker
, lors d'une audition également devant le Parlement européen.

"Dans la situation actuelle, il est extrêmement important que nous ayons un dollar fort dans le cadre de la finance et de l'économie mondiales, ainsi que le proclament les autorités des Etats-Unis", avait-il déclaré.

Ce sujet n'a pas été abordé lors du dernier G20 de Pittsburgh au grand dam de nombreux économistes.

Valeur refuge

La monnaie américaine avait profité au plus fort de la crise économique de son aura de valeur refuge.

L'euro avait ainsi chuté à 1,2330 dollars en octobre 2008, son plus bas niveau depuis avril 2006. Mais il est ensuite remonté progressivement et a finalement, en septembre, repassé le seuil de 1,45 dollar pour la première fois depuis décembre 2008.

Les questions de change ont été largement occultées lors du récent sommet des pays du G20 à Pittsburgh aux Etats-Unis, mais elles pourraient bientôt revenir au premier plan si la progression de l'euro se poursuit.