Taxe carbone: un bon début

Marion Lippmann

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Certes, la taxe carbonne est imparfaite, reconnaissent plusieurs experts. Mais il est aujourd'hui essentiel d'agir, et il faut bien commencer quelque part. Cette taxe a donc le mérite d'initier un processus de changement des comportements.

"Nous sommes parvenu à un consensus large afin de réduire les oxydes de carbone. Un changement de comportement est absolument nécessaire", explique Michel Rocard. Le président de la commission sur la Contribution Climat-Energie, qui a élaboré une proposition de taxe carbone, participait mardi 5 octobre à une conférence sur les enjeux de la taxation carbone à l'Université Paris Dauphine. Il en est ressorti que le consensus sur la taxe carbone, s'il a le mérite d'exister, est loin d'être parfait.

Un prix trop faible

Au départ, la commission souhaitait que la taxe carbone avoisine les 100 euros par tonne de CO2, à l'image de la Suède (108 euros). Mais cela aurait été trop élevé d'entrée de jeu pour les Français, soutient Michel Rocard. C'est pourquoi le prix de 32 euros a été retenu par la commission. Finalement, le gouvernement a opté pour 17 euros la tonne. Selon l'ancien premier ministre, il faudra augmenter fortement ce prix pour que la taxe soit réellement efficace. Il craint toutefois qu'à l'avenir, les Français ne s'opposent à l'augmentation du niveau de cette taxation qui les touche directement même si elle est compensée.

En outre, c'est une évidence: le climat doit être pris en compte au niveau mondial. "Si la taxe carbone n'augmente qu'en France, cela ne changera rien. Elle doit donc être un succès dans notre pays afin que les autres aient envie de nous imiter", explique Gilles Rotillon, professeur d'économie à l'Université de Nanterre

Des adaptations par secteur

Prise seule, "la taxe carbone n'est pas suffisante", indique Michel Rocard, en soulignant que certains "problèmes doivent être traités spécifiquement".

La filière de la construction, par exemple, fait une utilisation massive de béton, de ciment, ou d'acier dont la production est particulièrement émettrice de CO2. "La construction doit donc se tourner vers d'autres matériaux, comme le bois", plaide l'homme politique.

De même, afin d'offrir une alternative au transport routier et ferrovière, il faut aussi, selon lui, "relancer la voie d'eau en France". Il s'agit du mode de transport de marchandises le moins polluant. "La filière fluviale permet de transporter de gros containers en utilisant très peu d'énergie (…), mais aujourd'hui, nos canaux sont des impasses!".

Michel Rocard énonce d'autres filières dont la réorganisation est nécessaire: la mobilité urbaine ou le secteur alimentaire. "Nous devons nous tourner vers des produits moins carbonés. Les alternatives doivent exister!", insiste Gilles Rotillon.

Enfin, Michel Rocard met l'accent sur "le problème du méthane" qui "ne doit pas être oublié". En effet, cet hydrocarbure, produit par des organismes vivants, est l'un des principaux gaz à effet de serre mais n'est pas du tout pris en compte par la taxation carbone. Pourtant, les méfaits écologiques de l'agriculture intensive sont pointés du doigt depuis de nombreuses années.

Coexistence difficile avec les quotas européens

Autre grand inconvénient de la taxe: "La coexistence de la taxe carbone avec le système européen de quotas d'émission de CO2 va aboutir à une situation difficile", alerte l'économiste Jean-Michel Charpin, inspecteur général des Finances. Il explique en effet que la nature des prix est différente (durable pour la taxe, fluctuant pour les quotas), et que le niveau d'application des deux systèmes diffère également (taxe nationale, quotas européens). Enfin, il soutient que les nombreuses exceptions appliquées aujourd'hui aux quotas imposeront une souplesse similaire à la taxe carbone.