La rentabilité des entreprises du BTP s'effrite

Guillaume Guichard

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Le BTP a connu la crise sur le tard, fin 2008. Il a aussi abordé le ralentissement économique en position de force, la situation financière du secteur étant "solide" à la fin de l'année dernière, selon une étude du cabinet d'audit KPMG faisant le point sur l'état du BTP. Mais la rentabilité des entreprises s'effrite, constate KPMG à l'ouverture du salon professionnel Batimat.

"Les entreprises de BTP ont enregistré une croissance de leur chiffre d’affaires d’un peu plus de 5% en moyenne en 2008", écrivent les auteurs de l'étude. Et ce, "malgré une baisse sensible des mises en chantiers de logements neufs -passées de 437.000 en 2007 à 379.000 en 2008- et de bâtiments non-résidentiels (-18,8%)". L'effet de la crise.

Malgré le recul de l'activité, les entreprises du BTP connaissaient une situation financière solide en fin d'année 2008. "Les fonds propres des entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés représentent entre 86 et 89% des capitaux permanents", précise KPMG.

Erosion des marges

Reste que le BTP voit ses marges s'éroder. Les entreprises sont prises en tenaille entre, d'un côté, la hausse des prix des matières premières et, de l'autre, les réductions de prix auxquelles elles doivent de plus en plus souvent sacrifier afin de remporter des chantiers dans un contexte de baisse de la demande.

Résultat, "malgré cinq ans de progression de l’activité, la rentabilité des entreprises n’a pas beaucoup augmenté", explique KPMG.

Efforts de formation

Ce phénomène pourrait s'accentuer. "La structure d'activité du secteur évolue", observe Annie Chauzu, associée KPMG, qui a co-écrit le rapport. "Les matériaux coûtent plus chers, les travaux nécessitent des compétences plus pointues. Le BTP devra donc faire un effort de formation auprès de ses employés et recourir de moins en moins à l'intérim". Ce qui devrait peser sur les coûts.

Dans ce contexte, le secteur a enregistré 12.069 faillites en 2008, soit 19,4% de plus qu'en 2007. "Il ne s’agit donc pas d’un effondrement mais d’une fragilisation progressive des entreprises du bâtiment", en déduisent les auteurs de l'étude KPMG.

Reprise en avance

Le bâtiment, qui a connu la crise sur le tard, pourrait bien connaître la reprise… en avance. Selon KPMG, le bond de 29% des réservations de logement neufs enregistré au deuxième trimestre 2009 devrait se traduire par une augmentation des mises en chantier fin 2009, début 2010. Ensuite, les incitations aux économies d'énergie mises en place par le Grenelle de l'environnement devraient tirer le secteur "jusqu'en 2020", selon l'étude.

A plus court terme, "la reprise de l'activité bâtiment va probablement passer par la rénovation", analyse Annie Chauzu. "Les chantiers d'économie d'énergie nécessitent une main-d'œuvre plus spécialisée. Les particuliers devront faire appel à des professionnels".

Signe de cette reprise à venir? Le BTP demeurait, au troisième trimestre, parmi les secteurs les plus dynamiques en termes d'embauches en CDI (+1,4%, derrière l'industrie et le tertiaire), selon l'Acoss.