"La convergence des normes comptables sera bénéfique"

Propos recueillis par Jocelyn Jovène

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E24-Entre le G20 de Londres et celui de Pittsburgh, quelles ont été les avancées en matière de normalisation comptable ?

Lionel Escaffre-L'une des avancées du G20, qui doit être validée, est l'instauration d'une supervision des organes de normalisation comptable et de régulation financière par le sonseil de stabilité financière. Je suis personnellement favorable à une supervision politique de ces organes par le G20, par l'intermédiaire du CSF. Mais il faut que ces organes restent indépendants.

La supervision politique est nécessaire pour fixer un cap. Mais la normalisation technique ne peut être mise sous tutelle du politique, car il y a un risque de déstabilisation du référentiel comptable.

Quel est l'enjeu de Pittsburgh en matière de normes comptables ?

Il y a deux sujets importants. Le premier consiste à rééquilibrer le poids des pays du Sud par rapport aux pays anglo-saxons dans ce débat. De ce point de vue, le fait que les discussions aient lieu dans le cadre du G20 et plus du G7, est une bonne chose. L'autre sujet important est la prise en compte du poids des PME, du "middle market". C'est un sujet qui a été un peu occulté jusqu'ici.

Que reflète le débat sur les fonds propres entre les Etats-Unis et l'Europe ?

Il y a déjà une norme, le ratio McDonnough, qui est assez prudente. Le problème des fonds propres touche plus les entreprises que les banques. Le problème des banques est un problème de liquidité et de confiance entre elles, dont bizarrement on ne parle plus. Les entreprises ont des problèmes pour garder leurs fonds propres, mais elles ont des investisseurs et peuvent trouver des liquidités.

Quand on regarde les comptes des banques, on se rend compte qu'elles ont peu restreint le crédit. Les gouvernements ont fait ce qu'il fallait en matière de taux et d'annonces (garanties de passifs).

Le comité de Bâle doit-il être réformé ?

Le débat sur la mise en œuvre d'un comité Bâle III concerne l'éventuelle prise en compte d'éléments de « stress scenario » . Aujourd'hui, toutes les banques ne font pas forcément et régulièrement des "value at risk" [le niveau de perte maximum qu'un établissement de crédit peut connaître dans une situation de sensibilité de taux et de cotation]. L'objectif serait de mesurer la sensibilité du bilan des banques de manière prospective, à 1, 2 ou 3 ans.

Que doit-on attendre de la convergence des normes comptables entre les Etats-Unis (FASB) et l'IASB ?

La convergence des normes va être bénéfique. Elle va obliger le normalisateur à circonscrire les domaines dans lesquels on applique la valeur de marché. Cela suppose de distinguer clairement entre actifs d'investissement et actifs de placement (pour lesquels la juste valeur est applicable). Ce faisant, cela obligerait les entreprises à révéler leurs intentions dans la détention d'un actif, ce qui serait bénéfique aux investisseurs.

Aujourd'hui, les entreprises disposent de trop d'options, ce qui brouille la compréhension des comptes et la stratégie des entreprises. On créé de la volatilité là où ce n'est pas nécessaire.