Nettoyer les banques: pour quoi faire?

Elsa Meyer

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"Nettoyer les banques": l'expression est à la mode depuis quelques temps. Concrètement, cela signifie surtout que l'Etat reprenne la main pour épurer les bilans bancaires et racheter des actifs "toxiques" dont personne ne veut.

Que cela signifie-t-il?

Une banque, comme toute personne physique, peut acheter des titres et les revendre en cas de besoin de liquidités. Mais pour cela, elle doit trouver des acheteurs. Or, ces-derniers étaient devenus beaucoup plus méfiants depuis quelques années avec la multiplication de titres douteux (dont les produits structurés adossés aux subprimes) susceptibles de n'avoir aucune valeur.

Certains d'entre eux n'ont donc pas trouvé preneurs et sont devenus invendables. Sur le plan comptable, les établissements bancaires ont dû respecter les normes internationales en vigueur et enregistrer dans leurs bilans ces actifs à leur nouvelle valeur de marché ("mark-to-market"), ce qui a plombé le résultat des banques.

Moins de liquidités

Plus ces actifs "toxiques" sont nombreux, plus les banques vont se refinancer à des taux d'intérêt élevés sur le marché interbancaire et moins elles vont injecter de liquidités dans le circuit économique, sous la forme de crédit notamment. Une situation néfaste à l'ensemble de l'activité mondiale.

Le FMI a évalué à 3.400 milliards de dollars le montant des actifs "toxiques" des banques dans le monde. Des montants incroyables susceptibles de créer une crise de panique mondiale qui expliquent la volonté politique internationale d'en débarrasser les établissements bancaires.

Cependant, cette montagne d'actifs "toxiques" a été revue à la baisse par le FMI dans son dernier rapport sur la stabilité financière. Les banques -surtout américaines- ont déjà fait en partie leur propre ménage.

"Les bilans bancaires ont récemment profité des efforts de mobilisation de fonds propres et des résultats positifs (...) D’après notre analyse, les banques américaines ont couvert plus de la moitié du cycle de pertes à l’horizon 2010, tandis qu’en Europe la comptabilisation des pertes est moins avancée en raison des différences de cycle économique", note le rapport.

Racheter les actifs "toxiques"

Pour finir d'épurer les bilans, une seule solution: trouver des investisseurs susceptibles de racheter ces valeurs mobilières. Personne ne souhaitant prendre ce risque, l'Etat a donc dû intervenir.

Aux Etats-Unis, le gouvernement vient ainsi de réunir 12 milliards de dollars dans un partenariat avec des fonds d'investissements pour se charger d'une partie de l'opération.

Le sacrifice ne devrait pas être trop important pour ces établissements: les pouvoirs publics américains ont prévu une contrepartie financière alléchante pour les inciter à faire le ménage dans les bilans bancaires.