Les remèdes de GDF Suez

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La publication des résultats 2008 de GDF Suez comportait une bonne surprise: un dividende exceptionnel de 80 centimes d'euro en plus du dividende ordinaire de 1,4 euro par action. Indéniablement, cette annonce constitue un signal optimiste pour l'avenir du groupe. Elle a d'ailleurs réjoui les investisseurs et actionnaires de GDF Suez, à commencer par l'Etat qui, avec une participation de 35,7% au capital du groupe, recevra au total 1,2 milliard d'euros de dividendes au titre de 2008. Ce jeudi, l'action gagne 2,8% dans un marché qui rechute de 4%.

Les résultats annuels du géant de l'énergie peuvent être appréciés différemment selon le point de vue adopté. Les comptes de GDF Suez sont présentés sur une base pro forma, c'est-à-dire comme si la fusion entre GDF et Suez, finalisée le 22 juillet dernier, était intervenue le 1er janvier 2007. La croissance des résultats a de quoi combler les investisseurs, les salariés et les dirigeants du groupe. Le bénéfice net a progressé de 13%, l'excédent brut d'exploitation de 10,7% soit un peu plus que l'objectif annoncé par le groupe, grâce à une contribution en très forte croissance des métiers d'exploration-production de gaz et de GNL. Dans le même temps, la fusion a renforcé les fonds propres du nouvel ensemble.

Mais là s'arrêtent les vrais motifs de satisfaction. GDF Suez n'a pas été en mesure d'autofinancer ses investissements l'an dernier, ce qui a provoqué une forte hausse de son endettement. Et la hausse du résultat net doit beaucoup à une ligne du compte de résultat appelée "Remèdes", que le groupe a omis de commenter dans son communiqué de presse. Selon les comptes annuels disponibles sur son site Internet, cette ligne correspond à la contribution aux résultats 2007 et 2008 des entités et participations cédées, conformément aux demandes de la Commission Européenne pour donner son feu vert à la fusion.

Ces activités ne font plus partie du périmètre du nouvel ensemble. En toute logique, on pourrait considérer que l'on peut faire abstraction de ces éléments du compte de résultat, retraitement qui fait alors ressortir une baisse de 20% du résultat net. Mais il s'agit là surtout d'un strict problème de communication financière.

Au-delà GDF Suez va devoir rassurer sur sa capacité à générer un flux de trésorerie disponible plus significatif que celui dégagé en 2008. Il n'est pas dépourvu de leviers financiers de ce point de vue. Comme l'ont rappelé ses dirigeants jeudi, l'effort d'investissement a été particulièrement soutenu et devrait être moins important au cours des deux prochains exercices. L'évolution du besoin en fonds de roulement devrait également consommer moins de cash cette année. Par contre, GDF Suez risque de ne pas bénéficier en 2009 de l'envolée des résultats de sa division d'exploration-production de gaz et de GNL. Il lui faudra trouver d'autres sources de résultats, notamment en France. On comprend dès lors que le groupe fasse son possible pour obtenir une meilleure rétribution de son offre de gaz en France, qui jusqu'ici n'a pris en compte que l'évolution du coût des matières premières, mais pas des autres frais d'approvisionnement.