Intel paye 1,25 milliard de dollars à AMD

E.M. avec AFP

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Le numéro un mondial des microprocesseurs, l'Américain Intel, a payé 1,25 milliard de dollars à son concurrent, le numéro deux mondial AMD qui l'accusait de concurrence déloyale, pour mettre fin à leur litige, annoncent les deux groupes jeudi.

Intel et AMD sont "parvenus à un accord pour mettre fin à tous leurs litiges", y compris les accusation d'abus de position dominante et les questions de licences réciproques, ont-ils indiqué dans un communiqué commun.

"Intel va payer 1,25 milliard de dollars à AMD" et a "accepté de respecter un certain nombre de pratiques", ajoute le communiqué. AMD et Intel vont désormais jouir de droits de brevet sur leurs licences réciproques, dans le cadre d'un nouvel accord de cinq ans de partage de licences.

Les deux groupes qui se partagent la quasi-totalité du marché mondial des microprocesseurs, abandonnent toutes plaintes pour violation de contrat liées au précédent accord.

Dans un communiqué séparé, AMD souligne qu'"Intel a accepté un certain nombre de règles dans la conduite de ses activités qui, nous l'espérons, vont ouvrir la voie à un marché libre et ouvert des microprocesseurs".

Nouvelle ère

"Aujourd'hui marque le début d'une nouvelle ère, de celles qui confirment que la donne a changé pour AMD", s'est réjoui Dirk Meyer, PDG d'AMD, dans ce texte. "Je voudrais remercier les autorités de régulation dans le monde pour leur viligence et leur cohérence. Leur travail nous a permis de parvenir à cette étape importante", a-t-il ajouté.

"Nous restons optimistes sur le fait qu'il vont continuer à rester vigilants pour garder un environnement de concurrence juste, en particulier dans le domaine des pratiques de prix dans notre secteur", a conclu M. Meyer.

Amende de la Commission

En mai, la Commission européenne avait condamné Intel à une amende record de 1,06 milliard d'euros pour abus de position dominante, après neuf ans d'enquête.

La Commission avait notamment révélé que pendant plusieurs années, Intel avait accordé des rabais aux fabricants d'ordinateurs américains Dell et HP, chinois Lenovo et japonais NEC, ainsi qu'au distributeur allemand Media Saturn Holding, qui s'engageaient en retour à acheter ou commercialiser peu voire pas du tout de produits AMD.

Intel menaçait de réduire ses rabais si les engagements, gardés secrets, n'étaient pas tenus. Le groupe avait également été condamné pour abus de position dominante au Japon et en Corée du sud et faisait l'objet d'une enquête de la FTC (Federal Trade Commission), l'autorité de contrôle de la concurrence, pour pratiques anti-concurrentielles sur le marché des microprocesseurs - le "moteur" des ordinateurs - où il règne en maître avec 80% du marché, contre moins de 20% pour AMD.

Intel avait pour sa part accusé AMD d'avoir rompu un accord de 2001 portant sur la mise en commun de certains brevets en cédant ses activités industrielles à Globalfoundries.

Intel continue sa lutte

Malgré règlement à l'amiable, le géant des microprocesseurs américain va continuer à se défendre face aux autorités de la concurrence américaine et européenne, a indiqué le PDG Paul Otellini, lors d'une conférence téléphonique.

"Il y a une plainte en nom collectif qui continue dans le Delaware (est des Etats-Unis), nous avons fait appel de l'amende décidée par la Commission européenne, nous continuons à coopérer avec la FTC", la Federal Trade Commission, autorité américaine de la concurrence qui mène une enquête sur Intel, a indiqué M. Otellini.

Il s'est dit "fortement en désaccord" avec les accusations du procureur de l'Etat de New York", Andrew Cuomo, qui a lancé la semaine dernière une action en justice contre Intel pour pratiques anti-concurrentielles. Il a ajouté qu'il aurait préféré "engager un dialogue avec lui".

"Il y a des questions entre Intel et l'Union européenne qui sont toujours en discussion ainsi qu'avec d'autres instances de régulation dans le monde", notamment dans le domaine des prix des produits Intel, a poursuivi M. Otellini, sans vouloir donner plus de détail. Il a cependant affirmé qu'il n'y aurait "pas de changements dans les pratiques commerciales de son groupe".

AMD "pense que nous avons fait certaines choses, nous estimons que nous les avons pas faites", a expliqué M. Otellini, soulignant notamment qu'il ne "punissait pas les clients" qui achètent des produits de son concurrent au lieu des siens. "Nous ne faisons pas cela", a-t-il affirmé, tout en précisant que "les rabais font partie des pratiques commerciales courantes, qui sont parfaitement légales".