Rendre La Poste "imprivatisable"

— 

Le ministre de l'Industrie l'a répété encore une fois: La Poste ne sera pas privatisée. Et pour calmer les esprits, il a expliqué lundi sur Europe 1 qu'il allait rendre La Poste "imprivatisable", au moment où le

Sénat s'apprête à examiner
le projet de loi transformant l'entreprise en société par actions à capitaux publics.

"Je vais faire rajouter dans le texte, qu'en application du préambule de la constitution de 1946, La Poste ne sera pas privatisable", a déclaré Christian Estrosi. "Je vais la rendre, c'est un mot qui n'est pas français mais que j'utilise à dessein, imprivatisable", a-t-il ajouté. "La Poste sera donc encore moins privatisable lorsque le texte aura été voté que dans l'état actuel", a-t-il dit.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Lors de la présentation du projet de loi devant les sénateurs, Christian Estrosi a tenu "à féliciter l'initiative du sénateur Retailleau, qui a déposé un amendement visant à indiquer que La Poste est "un service public à caractère national" et que, de ce fait, elle n'est pas privatisable en application du Préambule de la Constitution de 1946". Selon le Ministre, "on donne une garantie de nature constitutionnelle sur le fait que La Poste ne pourra jamais être privatisée".

Après de nombreux mois de controverse, le projet de loi "relatif à l'entreprise publique La Poste et aux activité postales" arrive en séance publique lundi après-midi au Sénat.

Le texte comporte deux volets
. L'un transpose la directive européenne sur l'ouverture totale à la concurrence du secteur postal en 2011. L'autre transforme La Poste actuellement établissement public industriel et commercial en société anonyme à capitaux public dès début 2010.

Ce changement de statut permettra un apport en fonds propres de 2,7 milliards d'euros (1,2 milliard à la charge de l'Etat, 1,5 milliard venant de la Caisse des dépôts et consignations).

Pour le gouvernement, il s'agit de "moderniser" et "d'adapter" La Poste à l'ouverture de la concurrence. Pour les syndicats et la gauche, il ne s'agit que d'une porte ouverte à une future privatisation, après France Télécom, privatisée malgré les engagements du président de la République.