Le G20 accroît les pouvoirs du FMI

CV avec agences

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Outre les décisions en demi-teinte sur les bonus et Bâle 2, les dirigeants du G20 se sont accordés vendredi 25 septembre sur un accroissement du rôle du Fonds monétaire international (FMI) dans le système économique mondial, et le renforcement de sa légitimité en donnant plus de poids aux pays émergents en son sein.

Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn, qui avait affirmé à la veille du G20 que le FMI avait rempli son rôle, s'est félicité dans un communiqué de "décisions historiques pour adapter la coopération économique mondiale aux besoins du XXIe siècle".

Répartition des quotas

La principale décision du sommet a été de tenter de remédier aux problèmes de la répartition des quotas au sein du FMI. Le G20 a décidé du transfert d'"au moins 5%" des quote-parts du FMI aux "pays émergents et en développement dynamiques".

Ce transfert doit se faire avant 2011, mais le G20 n'a pas déterminé selon quelle méthode, ni quels pays exactement donneraient ou recevraient de leur quote-part, qui détermine la contribution financière et le droit de vote au sein du Fonds.

"Le transfert qui a été décidé est le plus grand jamais vu. Ce ne sera pas facile, ça ne l'est jamais. Mais l'impulsion politique qui a été donnée lors de ce sommet fera qu'il sera possible d'aller au bout du processus", a relevé M. Strauss-Kahn.

Sacrifices européens

La France a déjà annoncé que les Européens feraient des sacrifices, mais pas seulement eux, citant l'Arabie Saoudite, l'Iran, la Russie et l'Argentine. Et les gagnants devraient être la Chine, la Corée et la Turquie.

Le G20 a par ailleurs reconnu qu'il fallait "mettre en place de toute urgence l'ensemble de réformes des quote-parts et des droits de vote décidé en avril 2008".

Cette réforme, qui remplissait le même objectif de donner plus de poids aux pays sous-représentés, principalement la Chine, n'est jamais entrée en vigueur faute de ratification par un nombre suffisant de parlements nationaux.

Au sein même du G20, a relevé M. Strauss-Kahn, une dizaine de pays ne l'ont pas fait, dont par exemple le Brésil qui serait l'un des gagnants de cette réforme. Au contraire des Européens, des Etats-Unis ou de la Chine ne l'ont pas fait.

Victoire brésilienne

Le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva s'est réjoui de ce résultat, qu'il a qualifié de "victoire extraordinaire". Pour la Banque mondiale, institution soeur du FMI à Washington, le G20 s'est engagé vendredi à transférer aux pays émergents "au moins 3%" supplémentaires des droits de vote.

Rôle économique renforcé

Second avancée historique pour le FMI, son rôle dans le système économique mondial est considérablement renforcé.

"Le Fonds doit jouer un rôle crucial pour promouvoir la stabilité financière mondiale et rééquilibrer la croissance", ont indiqué les chefs d'Etat et de gouvernement des pays avancés et émergents dans leur communiqué final.

Concrètement, le FMI sera chargé de surveiller les déséquilibres et de faire des recommandations de politique économique aux pays qui devront prendre des mesures correctives adaptées.

Taxe Tobin

Selon Reuters, les dirigeants du G20 ont d'ores et déjà demandé au Fonds monétaire international (FMI) d'étudier les moyens grâce auxquels les marchés financiers pourraient payer les conséquences de la crise économique, parmi lesquels pourrait figurer une taxation des transactions financières, a déclaré vendredi une source du Groupe.

"Ce qu'on appelle une "

taxe Tobin
" sur toutes les transactions financières internationales n'est pas spécifiquement évoquée dans le communiqué final mais elle a été débattue. Le FMI va désormais étudier le sujet et rendre ses conclusions avant la prochaine réunion du G20", a ajouté la source qui participait au sommet de Pittsburgh.

Pouvoir réel?

Interrogé pour savoir comment le FMI saura imposer ses vues sans pouvoir coercitif, M. Strauss-Kahn s'est dit confiant dans la capacité du Fonds. "Notre analyse doit être assez solide pour faire savoir que c'est la bonne voie et pour convaincre les gens", a-t-il dit.

Scepticisme

Ce rôle suscite déjà le scepticisme d'économistes.

Peter Morici, de l'université du Maryland, note que le FMI fait déjà des rapports détaillés sur la politique économique des Etats membres.

"En fait, peu de pression sera probablement exercée sur la Chine et les Etats-Unis pour, par exemple, modifier leur régime de changes ou baisser leur déficit", avance-t-il. "Les pays jouissent d'une forte influence sur ce qui est écrit à leur sujet".