Ces dirigeants qui militent pour une taxe Tobin

TV avec AFP

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Le Fonds monétaire international (FMI) réfléchit à l'idée d'une taxe sur les transactions financières des banques, sur le modèle de la taxe Tobin, a déclaré lundi son directeur général adjoint, John Lipsky.

Le FMI a été chargé en septembre par le Groupe des Vingt (G20) d'étudier les moyens de faire porter aux banques le "fardeau" de leur sauvetage, a rappelé John Lipsky lors d'un discours prononcé à Vancouver (Canada), et dont le FMI a publié le texte sur son site internet.

A l'occasion d'une rencontre ministérielle du G20 à Saint Andrews (Ecosse) début novembre, le Premier ministre britannique

Gordon Brown
avait appelé ce forum de pays avancés et émergents à étudier sérieusement l'idée de la mise en oeuvre d'une taxe Tobin sur les banques.

Le directeur général du FMI Dominique Strauss-Kahn également présent avait alors indiqué que son organisation étudiait actuellement

une taxe FMI
se rapprochant d'un système d'assurance obligatoire qui s'appliquerait aux banques, proportionnellement aux risques qu'elles prennent, et avait précisé qu'une taxe Tobin lui semblait "impossible".

Taxe ou système d'assurance

Adair Turner, le président de la Financial Services Authority (FSA), l'autorité des marchés britannique, aux côtés de son homologue français, Jean-Pierre Jouyet (AMF), ont aussi exprimé lundi leur désir de voir mis en place une taxe sur les transactions financières, lors d'une conférence sur la régulation en Europe.

Estimant que "ce ne sont pas les institutions qui ont failli (durant la crise financière, ndlr), mais la théorie d'auto-régulation des marchés", M. Turner s'est inquiété que certaines activités de marché se fassent à la fois via le système bancaire et en dehors.

Il a souligné que cette éventuelle taxe, inspirée de la taxe Tobin et dont les contours ne sont pas dessinés, ne pénaliseraient pas la plupart des rémunérations du secteur financier et permettrait de lutter contre l'instabilité financière.

Cette taxe n'évitera pas "la spéculation, ni les mouvements à court terme, mais (elle) procurera des réserves utiles en cas de nouvelles faillites - qui peuvent être aussi bien publiques que privées-, et des nouvelles ressources de financement utiles", a affirmé Jean-Pierre Jouyet, président de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF).

Augmenter les fonds propres

Pour limiter l'instabilité financière, Adair Turner a également plaidé pour une augmentation des fonds propres des banques concernant les activités de marché.

Une hypothèse saluée une nouvelle fois par M. Jouyet qui a expliqué que deux options étaient envisageables: une capitalisation selon les règles de Bâle (différenciation des niveaux de fonds propres selon les types d'activité) ou une capitalisation uniforme.

"La crise provvenant d'un excès d'activités de marchés, il est plus important d'accroître l'effort de capitalisation nécessaire sur les activités de marché que les activités de crédit", a conclu le président de l'AMF.

Selon une étude d'impact publiée mi-octobre par le Comité de Bâle, les banques vont devoir tripler, en moyenne, le montant des fonds propres mis en réserve pour faire face aux risques liés à leurs activités de marché.

La France se veut leader

La France a également réaffirmé mardi sa volonté de créer une telle taxe sur les transactions financières pour "financer le développement", dans une tribune publiée dasn le Monde par les ministres des Affaires étrangères et de l'Economie.

"Il ne s'agit pas de proposer la mise en place d'une taxe Tobin, dont l'objectif premier était de réguler un marché des changes trop erratique. Non, il s'agit de financer le développement, sans perturber les transactions financières", poursuivent-ils. "Une taxe de 5 centimes sur 1.000 euros (comme la France le propose, ndlr) serait indolore, mais pas sans conséquences pour le monde en développement: car même à un seuil aussi peu significatif les recettes escomptées pourraient représenter jusqu'à 35 milliards d'euros!", écrivent les deux ministres français.

Le 22 octobre, une douzaine de pays réunis à Paris sous l'égide de la France ont mandaté un groupe d'experts pour réfléchir à une "contribution de solidarité internationale", la France proposant un taux de 0,005%. Les experts doivent notamment définir les modalités de prélèvement et d'attribution de cette taxe dans un rapport qui doit être remis en mai 2010.

Mais dans le même temps, la France s'est opposée farouchement à une taxe sur les banques lors des débats du budget à l'Assemblée.

Tobin

La taxe Tobin vient du nom du lauréat du prix Nobel d'économie

James Tobin
, qui l'avait proposée au début des années 1970. Selon son concepteur, cette taxe ne devait s'appliquer qu'aux transactions sur le marché des changes afin de le rendre plus stable, mais certains reprennent aujourd'hui l'idée de cette taxe afin de dégager des recettes qui pourraient être allouées "dans toutes sortes de buts distincts", a dit M. Lipsky.