Palm compte sur le Pre pour sauver sa peau

Guillaume Guichard

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Palm joue son avenir dans les prochains jours. Le fabricant américain commercialise le 6 juin aux Etats-Unis le Pre, un smartphone qui ambitionne de concurrencer l'iPhone d'Apple. Un produit qui doit surtout sortir Palm d'une très mauvaise passe. En effet, le fabricant ne cesse de voir ses ventes s'éroder. Ces six derniers mois, elles ont baissé de 1,2%. La situation financière de la société s'en ressent, le groupe n'ayant pas généré de bénéfice depuis juin 2007. Au troisième trimestre 2009, il a enregistré une perte de 98 millions de dollars.

Dans ce contexte, Palm a tout misé sur le Pre. Il s'est allié au fonds d'investissement Elevation Partners, qui lui a apporté 425 millions de dollars afin de financer le développement produit. Il a aussi recruté Jon Rubinstein, un ancien d'Apple. Sa mission a été d'insuffler le savoir-faire de la firme à la pomme chez Palm. Et de plancher, durant deux ans, sur ce digne concurrent de l'iPhone. Résultat, le Pre a créé des attentes et les critiques des beta-testeurs sont dithyrambiques. Le titre de la société a été multiplié par trois depuis le début de l'année, passant de 3 dollars à plus de 13 dollars.

Marcher sur l'eau

Le smartphone rencontrera-t-il le succès escompté? Répondra-t-il aux attentes? Le niveau de l'action montre que les attentes envers Palm son colossales et relèvent même du miracle. "Palm se doit de marcher sur l'eau. Nous ne croyons pas qu'elle puisse le faire", jugent les analystes new-yorkais de Needham dans une note. Selon lui, la société devrait écouler plus de 10 millions de Pre d'ici 2011 pour justifier la valeur du titre. Un chiffre presque impossible à atteindre. Seuls trois fabricants ont réussi à dépasser les 8 millions d'unités vendues en 2008: Nokia, RIM (BlackBerry) et Apple.

De surcroît, même si le marché des smartphones devrait connaître une croissance à deux chiffres jusqu'en 2014, d'après les prévisions du cabinet Ovum, la concurrence ne cesse de s'accroître.

Prématuré

Une concurrence qui a peut-être bien entraîné une commercialisation quelque peu prématurée du Pre. Plusieurs signes le laissent supposer. D'abord, la boutique en ligne d'applications dédiées au Pre est curieusement vide. Seuls 18 programmes seront téléchargeables, contre 35.000 pour l'iPhone. Les développeurs n'ont en fait pas encore eu accès aux données leur permettant de préparer des applications pour le Pre. Or, une boutique vide pourrait faire fuir les clients. "C'est le plus gros point faible de l'appareil", a jugé pour sa part le très influent Walt Mossberg, du Wall Street Journal.

Autre signe pouvant trahir un lancement précipité, Palm aurait du mal à approvisionner les magasins, selon les analystes de Morgan Joseph. "La logistique lors de la commercialisation demeure notre préoccupation première (…) et nous nous posons des questions concernant la capacité de Palm à fournir suffisamment de téléphones si le Pre rencontre le succès escompté", écrivent les analystes. En cas de rupture de stock, le buzz négatif engendré pourrait gâcher le lancement et entraîner une baisse des commandes. Et ce alors que le lancement international n'est pas encore amorcé.

Dans le même temps, Palm pouvait difficilement repousser la date de lancement: Apple occupera le devant de la scène dès lundi avec sa conférence des développeurs. La firme à la pomme y annoncera une nouvelle version du système d'exploitation de l'iPhone et, d'après des rumeurs persistantes, devrait présenter dans la foulée la troisième génération de son téléphone vedette. De quoi occulter le nouveau Palm Pre? Peut-être pas. Mais l'été s'annonce chaud sur le marché des smartphones.

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