Obama veut le clic démocratique

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Deux mois avant l'élection, le cyclone Gustav menaçait de dévaster les côtes de la Louisiane avec une ampleur comparable à celle de Katrina en 2005. A nouveau, l'Amérique voyait poindre le spectre d'un des moments les plus honteux de la présidence Bush (domaine où le choix est plutôt vaste), avec des milliers de sans-abris fuyant la montée des eaux. Flairant une excellente opportunité politique autant qu'une bonne action tangible, l'équipe de campagne de Barack Obama a proposé de détourner sa formidable machine internet à lever des fonds, au profit des victimes probables de Gustav. Contact est alors pris avec la Croix-Rouge américaine pour les prévenir d'un afflux de clics en provenance de My.BarackObama.com. Pas de problème, répondl'American Red Cross, depuis Katrina, les poussées de clics, on sait gérer. Une fois le lien mis en place, il n'a pas fallu plus d'un quart d'heure pour que le site de la Croix-Rouge s'effondre.

L'anecdote en dit long sur la maîtrise de l'internet par la future administration Obama. Pas seulement pour la partie levée de fonds (3 millions de donateurs en ligne pour un "panier" moyen de 200 dollars), mais pour l'organisation avec plus d'un million de volontaires animant pas loin de 100.000 événements locaux, grâce à un site conçu comme le plus sophistiqué des réseaux sociaux (l'architecte de cette partie n'étant autre que Chris Jones, ancien fondateur de Facebook). Il suffit d'ailleurs de regarder le nombre de supporters d'Obama sur Facebook (3 millions), MySpace (900.000) et autres par rapport à son rival républicain pour comprendre lequel des deux avait saisi la vague.

Pour la première fois, l'Amérique envoie à la Maison Blanche un président connaissant la technologie. Là où ses prédécesseurs (et les autres candidats) dépendaient de petites mains qui leur tendaient un téléphone portable pour les appels urgents, Obama n'a jamais quitté son Blackberry (pour les nerds, il avait en plus un iPhone et un Motorola Razor) et le soir, entre une et deux heures du matin, il envoyait lui-même ses mails depuis sa chambre d'hôtel.

"Connected Democracy"

C'est Obama lui-même qui avait insisté pour une campagne menée depuis la base (grassroot) -- une conviction qui remonte à ses années de terrain à Chicago -- avec l'internet comme système nerveux. Aucun risque que cet effort magistral ne s'arrête en si bon chemin. Au lendemain de la victoire, l'équipe de transition lançait change.gov, la réplique officielle du site de campagne. Les mêmes personnes sont aux commandes: David AxelRod, le stratège qui devient conseiller spécial du président et David Plouffe, l'organisateur de la campagne ; tous deux ont confié à nouveau à BlueState Digital la réalisation de ce site officiel (une firme qui vaudrait une fortune si elle était cotée en bourse).

Change.gov sera à n'en pas douter le vecteur de la démocratie directe rêvée par le nouveau président. Comme dans tous les grandes pays, le pouvoir exécutif américain est accusé d'être déconnecté du peuple. Obama compte sur le Net pour rétablir ce contact, en ouvrant aux citoyens la possibilité de donner en temps réel leur avis sur les politiques en cours ou à venir grâce à des outils collaboratifs et un réseau social dédiés. Techniquement, cette vision ne sera pas des plus simples à mettre en œuvre. Il faudra, dans d'innombrables domaines, trier, organiser, hiérarchiser l'avalanche de propositions et de critiques qui déferlera sur l'administration. Un job taillé pour Google, entreprise qu'Obama est allé visiter et dont le PDG Eric Schmidt a explicitement appelé à voter Obama

Cette idée de redonner le pouvoir au peuple par voie électronique ne sera pas non plus facile à gérer sur le plan politique. Certes, l'Amérique est pétrie des bienfaits de la sagesse populaire. Ce thème a même été théorisé par un journaliste du New Yorker James Surowiecki dans son livre The wisdom of crowds dans lequel il décrit, exemples à l'appui, la supériorité intellectuelle de la collectivité par rapport à ceux qui la représentent (et qui la dirigent). Nul doute que cette vision va se heurter à la nécessité de gouverner sur le long terme, avec tout ce que cela suppose comme mesures impopulaires.

Ingénieur en chef

Le déploiement technique de cet instrument politique sera l'une des missions prioritaires du Chief Technicial Officer (directeur technique) que l'administration Obama a promis au pays. Qui sera le premier ingénieur en chef du gouvernement américain ? Les candidats ne manqueront pas si l'on en juge par le soutien apporté au gagnant: dans les trois circonscriptions électorales couvrant la Silicon Valley, le score d'Obama est supérieur à 70%. C'est donc naturellement dans cette région que le nouveau président ira puiser l'inspiration en matière de technologie. Lors de la conférence Web 2.0 mercredi à San Francisco, John Doerr, un des dirigeants de la firme de capital-risque Kleiner Perkins, a donné quelques conseils à Barack Obama en la matière. Sur un plan général, a-t-il dit, il faut doubler le nombre d'ingénieurs (60.000) que produisent les universités américaines, et faire en sorte que les diplômés d'origine étrangère soient incités à rester aux Etats-Unis à l'issue de leur cursus. Comme technoïde en chef, Doerr a conseillé à Obama de prendre Bill Joy, co-fondateur de Sun Microsystems et également partenaire de Kleiner Perkins, aussi connu pour son opposition aux manipulations génétiques, à la nanotechnologie, ainsi qu'à la robotique, toutes ces sciences étant, selon Bill Joy, potentiellement dangereuses pour l'humanité. D'ores et déjà, ce possible choix d'un "historique" de la high tech est sujet à controverse. Mieux vaudrait pourtant éviter un cafouillage sur ce dossier, symbole du changement...

Deux mois avant l'élection, le cyclone Gustav menaçait de dévaster les côtes de la Louisiane avec une ampleur comparable à celle de Katrina en 2005. A nouveau, l'Amérique voyait poindre le spectre d'un des moments les plus honteux de la présidence Bush (domaine où le choix est plutôt vaste), avec des milliers de sans-abris fuyant la montée des eaux. Flairant une excellente opportunité politique autant qu'une bonne action tangible, l'équipe de campagne de Barack Obama a proposé de détourner sa formidable machine internet à lever des fonds, au profit des victimes probables de Gustav. Contact est alors pris avec la Croix-Rouge américaine pour les prévenir d'un afflux de clics en provenance de My.BarackObama.com. Pas de problème, répond l'American Red Cross: depuis Katrina, les poussées de clics, on sait gérer. Une fois le lien mis en place, il n'a pas fallu plus d'un quart d'heure pour que le site de la Croix-Rouge s'effondre.

L'anecdote en dit long sur la maîtrise de l'internet par la future administration Obama. Pas seulement pour la partie levée de fonds (3 millions de donateurs en ligne pour un "panier" moyen de 200 dollars), mais pour l'organisation avec plus d'un million de volontaires animant pas loin de 100.000 événements locaux, grâce à un site conçu comme le plus sophistiqué des réseaux sociaux (l'architecte de cette partie n'étant autre que Chris Jones, ancien fondateur de Facebook). Il suffit d'ailleurs de regarder le nombre de supporters d'Obama sur Facebook (3 millions), MySpace (900.000) et autres par rapport à son rival républicain pour comprendre lequel des deux avait saisi la vague.

Pour la première fois, l'Amérique envoie à la Maison Blanche un président connaissant la technologie. Là où ses prédécesseurs (et les autres candidats) dépendaient de petites mains qui leur tendaient un téléphone portable pour les appels urgents, Obama n'a jamais quitté son Blackberry (pour les nerds, il avait en plus un iPhone et un Motorola Razor) et le soir, entre une et deux heures du matin, il envoyait lui-même ses mails depuis sa chambre d'hôtel.