Le business halal fait sa percée en France

Thibaud Vadjoux

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Les produits alimentaires halal constituent un marché en devenir qui commence à intéresser la grande distribution, les industriels et les grandes chaînes de fast-food comme

Quick en France
ou McDonald's à Londres.

Une étude du cabinet Xerfi "Le marché des produits halal à l’horizon 2012" évalue à environ 4 milliards d'euros le marché, fort d'une communauté musulmane estimée à environ 5 millions de personnes en France. A côté le marché du bio pèse moitié moins (environ 2 milliards d'euros).

10% de croissance par an

"Le marché halal représente une niche avec un fort potentiel. Le secteur croit autour de 10% par an alors que l'alimentaire a plutôt tendance à stagner ces dernières années", explique Eline Maurel, auteure de l'étude.

La filière halal reste aujourd'hui artisanale. Petits abattoirs, boucheries traditionnelles et "kebabs" tiennent le marché. Mais l'offre industrielle commence à se développer et se retrouve en grande surface.

Intérêt des industriels

"Fleury Michon a lancé en 2009 une gamme de charcuterie de volaille et des plats cuisinés halal. Nestlé, présent depuis de nombreuses années sur le marché, a également enrichi ses gammes Herta et Maggi de nouvelles références", souligne l'étude Xerfi.

Isla Delice se présente aussi comme un des leaders du marché. Panzani a fait parler de lui en lançant des lasagnes halal et la première pub TV halal en France en septembre 2009.


pub tv zakia halal
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Les marques distributeurs sont encore peu présentes. Casino a ouvert la voie cet été avec une gamme de produits halal sous sa marque propre Wassila.

Marché récent

Cependant les grands groupes progressent à petits pas. Le marché est récent et se cherche encore. Il faut surtout pour les grandes marques éviter l'écueil de la traçabilité douteuse. C'est le point noir du halal.

"Il n'y a pas de réelle réglementation aujourd'hui ni de label unique", explique Xerfi.

La fixation de règles ne fait pas consensus jusqu'en dans les instances représentatives de la communauté musulmane. Il existe cependant des organismes certificateurs et de contrôle qui établissent des cahiers des charges. Mais ces organismes, la plupart des associations ou des mosquées, délivrent des agréments mais n'en reçoivent pas eux-mêmes des pouvoirs publics. Cependant, ils restent les seuls à pouvoir apporter une caution extérieure.

10% plus cher

L'alimentaire halal exige, de fait, de nouvelles règles de production pour les industriels: l'abattage industriel est interdit, il est réalisé par un sacrificateur musulman qui respecte les rites religieux, les filières halal et non halal ne doivent pas être mélangées.... Fleury Michon estime qu'en raison de ces spécificités, ces produits halal sont 10% plus chers que les autres.

Le retour sur investissement est intéressant pour l'un des rares marchés alimenatires à progresser avec le bio ou le commerce équitable. Pour

les fast-food
, l'opération est plus délicate. La coexistence du halal et non halal est impossible dans un même restaurant et les filières d'approvisionnement de viande devraient être aussi doublées.