La pub sur Google News suscite des inquiétudes

Catherine Vincent avec AFP

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Ce n'est, pour l'heure, qu'une expérimentation qui ne concerne que les Etats-Unis. Mais déjà, les éditeurs français tirent la sonnette d'alarme. Google vient d'introduire des publicités dans son moteur de recherche d'actualités Google News. Le géant du net l'a annoncé sur le blog de Google News.

"Cela signifie que lorsque vous entrerez une recherche comme iPhone ou Kindle dans la boîte de recherche Google News, vous verrez des publicités à côté des résultats de recherche, de la même façon que vous en voyez sur les recherches habituelles sur Google", explique Google déjà taxé d'être en position de monopole. Une recherche sur "Kindle" mène à des articles de presse sur ce livre électronique d'Amazon, mais aussi à des "liens sponsorisés", vers le site du fabricant, ou vers des produits concurrents comme celui de Sony.

Depuis plusieurs mois, Google mène des expérimentations mais n'annonce ce qu'il met en place qu'une fois les tests concluants. Or là, les tests le sont. Les annonceurs semblent ravis de pouvoir mettre de la pub dans les pages recensant les différents articles de presse et du web sur un sujet précis.

Mais les éditeurs ne l'entendent pas de cette oreille dans la mesure où, encore une fois, Google garde les recettes publicitaires obtenues sur la base du travail des journaux. En d'autres termes, la perspective pour un annonceur d'avoir une publicité sur un site aussi fréquenté que sur Google News, plutôt que d'espérer que l'internaute clique sur le bon lien et aille vers le site d'information où il a acheté un espace, devrait ajouter une concurrence redoutable à la presse.

"Ils font ce que l'on avait imaginé qu'ils feraient tout en se disant qu'ils n'oseraient pas", résume Philippe Jannet, président du Geste (Groupement des éditeurs de services en ligne). "Nous nous sommes parlé depuis qu'ils ont commencé à mettre de la pub sur Google News. Je leur ai dit que nous étions prêts à discuter d'un partage des recettes publicitaires. Ils m'ont répondu qu'ils ne comprenaient pas de quoi je parlais", a-t-il indiqué à E24. Il faut avouer que depuis quelques mois, les relations entre éditeurs et Google sont tendues. Déjà avant cette histoire, les éditeurs de presse français demandaient un meilleur partage des recettes publicitaires.

L'ajout de pub sur Google News est la dernière idée commerciale en date du groupe de Mountain View (Californie). La majeure partie de son chiffre d'affaires vient du moteur de recherche classique. Mais les "liens sponsorisés" se sont discrètement imposés sur YouTube (vidéos), racheté en 2006, Google Maps (plans) et Google Finance, sans altérer leur audience. Sur Google News, John Battle, spécialistes des médias et fondateur du magazine "Wired", s'attend à ce qu'ils soient plus problématiques. Il a relevé que l'annonce de cette nouveauté ne mentionnait pas l'idée de "partager le chiffre d'affaires avec les entreprises des médias qui fournissent à Google News son contenu". "Je suppose que Google se fait payer à chaque clic sur une de ces publicités. Mais je doute qu'ils aient un quelconque projet de partager avec ceux dont ils agrègent les infos", renchérit selon l'AFP Rick Edmonds, analyste des médias au Poynter Institute, une école de journalisme.

D'après Kelly McBride, professeur au Poynter Institute, "il a toujours été évident que Google n'a pas développé Google News comme un service public. Ils comptaient en tirer de l'argent". "Je ne vois pas de problème à ce que Google News apporte du chiffre d'affaires. Mais j'espère qu'ils vont le partager avec ceux qui créent les contenus", souligne-t-elle.

L'Agence France-Presse fait partie des entreprises de médias auxquelles Google paie le droit de citer ses contenus. Après une plainte de l'AFP pour violation des lois sur le copyright en mars 2005, les deux sociétés ont signé en avril 2007 un accord de licence encadrant l'utilisation par Google News des dépêches et des photos de l'agence.

Une réunion des membres du Geste sera prochainement organisée pour aborder le cas Google. Et pourquoi pas faire cause commune avec les éditeurs américains logés à la même enseigne que les Français et tout aussi malmenés par le géant de l'Internet? Toutes les pistes sont sur la table.