"Barroso se contente d'attendre"

Propos recueillis par Elsa Meyer et Guillaume Guichard

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E24-Vous vous êtes prononcée contre la réélection de José Manuel Barroso, quelle politique économique craignez-vous pour l’Europe ?

Pervenche Berès - Quelle politique économique? Je ne vois pas ce qui va changer par rapport aux cinq années précédentes.

Barroso ne dit rien non plus sur l'utilisation la manière dont il veut aborder la révision des perspectives financières de l'Union en 2010. Il s'agit pourtant de planifier à long terme le budget à de l'Union européenne. Du coup, on ne sait pas quel usage il veut faire du budget de l'UE. Notamment en ce qui concerne les questions sensibles de la Politique agricole commune et du chèque britannique, par exemple.

Autre lacune, il aborde la question de l'emploi de façon très classique. Or, les contrats atypiques (temps partiels, intérim) se développent de plus en plus, et Barroso n'apporte rien de nouveau sur ce sujet.

Vous avez reçu, comme les autres eurodéputés, le projet pluri-annuel de Barroso. Qu'en pensez-vous?

Il prétend développer une vision dans ce document. Mais l'essentiel de ce document se contente de reprendre des propositions déjà émises par la Commission. Et à aucun moment il ne fait de bilan. Je sais bien qu'il ne faut pas faire campagne sur un bilan, mais tout de même! Il y a aussi des trous énormes dans ce document. Pas un mot sur les rapports Nord-Sud, pas un mot sur le dialogue social, pas un mot sur la fiscalité!

Pensez-vous que ce projet puisse permettre de sortir les Etats de la crise ?

Sur ce point, il se contente d'accompagner ce que les chefs de gouvernement ont fait ces deux dernières années.

Il mentionne cependant l'objectif de baisse des déficits publics des Etats membres à moins de 3% du PIB…

Oui, mais sans se poser la question du financement de la stratégie du futur. Certes, tout le monde est d'accord: il ne faut pas creuser les déficits. Mais dans la situation actuelle, comment faire pour revenir aux 3% tout en finançant les investissements de long terme?

Or, Barroso se contente de dire: il faut attendre la sortie de crise. Mais quels remèdes propose-t-il pour, justement, sortir de cette crise? Il oublie une étape dans son raisonnement.

Prenez l'exemple de l'automobile. Les Etats ont placé cette industrie sous perfusion pour sauver les emplois. Masi demain, comment va-t-on gérer les surcapacités avérées des usines? Comment réorienter ce secteur tout en contribuant de façon positive à la stratégie énergie-climat de réduction des gaz à effet de serre?

Il n'y a donc rien à retenir du bilan ou du projet du président de la Commission européenne?

Un point seulement: la précédente commission a su garder le cap des objectifs environnementaux décidés en 2007, comme la réduction de émissions de gaz à effet de serre de 20% d'ici 2020. C'est resté la colonne vertébrale de l'action de Bruxelles.