Pourquoi eBay ne veut plus de Skype

Guillaume Guichard

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Les créateurs de Skype voudraient récupérer leur bébé. Ca tombe bien, eBay veut le vendre. Niklas Zennstrom et Janus Friis feraient le tour des fonds d'investissements pour lever un milliard de dollars afin de racheter le service de téléphonie sur internet, d'après le New York Times qui cite des sources proches du dossier.

Skype, c'est pourtant une belle réussite: son résultat net a bondi de 69% en 2008, à 551 millions d'euros (soit 7% des 8,5 milliards de dollars de revenus d'eBay). Au quatrième trimestre, le nombre d'utilisateurs a augmenté de 39%, dépassant les 405 millions d'adeptes. Certes, beaucoup n'utilisent pas les services payants (appel d'internet à une ligne fixe ou mobile) et se contentent du service gratuit (appel sur internet). Mais, comme le souligne Skype, "un taux de pénétration en hausse de 1%, cela représente 60 millions de dollars supplémentaires".

Pourquoi alors vouloir se débarrasser de cette activité en plein essor? Parce qu'après une politique de diversification à tout crin, eBay veut se recentrer sur son cœur de métier, la vente en ligne. L'entreprise compte ainsi se consacrer au commerce sur internet et à PayPal, le système de paiement en ligne qui a généré 2,4 milliards de dollars de revenus en 2008, soit près de 30% du résultat net d'eBay.

Nombre d'activités d'eBay devraient donc être revendues. Il faut arrêter de "chercher des synergies où il n'en existe pas", a expliqué John Donahoe, le PDG du groupe. Déjà, le géant de l'internet a annoncé lundi avoir vendu StumbleUpon. Ce moteur de recherche, qui affiche des résultats en fonction des goûts de l'internaute, avait été acheté en 2007 pour 75 millions de dollars. Skype pourrait être le prochain sur la liste.

Seulement, période de crise oblige, le spécialiste de la vente aux enchères pourrait avoir du mal à faire monter les prix et risque donc de réaliser une mauvaise affaire. D'après les analystes, eBay pourrait céder à un prix supérieur à 1,77 milliard de dollars. Une somme bien inférieure aux 3,1 milliards qu'il avait déboursé en 2005 pour acheter le service à ses deux créateurs. Mais aussi bien supérieure au milliard de dollars que Zennstrom et Friis tentent de lever. Selon le New York Times, l'un des scénarios possible maintiendrait eBay en tant qu'actionnaire minoritaire de Skype aux côtés de Zennstrom et Friis qui en prendraient le contrôle.

ebay pourrait bien ne pas avoir le choix dans la mesure où les créateurs de Skype pourraient se retrouver seuls en lice pour la reprise. D'abord, Google, candidat malheureux au rachat en 2005, a décidé de développer son propre système, baptisé Google Voice. Ensuite, Niklas Zennstrom et Janus Friis bénéficient d'un moyen de pression sur eBay. Leur société Jotlid a porté plainte contre Skype sur une question de brevet concernant le cœur de la technologie du service de téléphonie par internet. Si Jotlid gagne, Skype ne pourra plus utiliser cette technologie. Un risque juridique majeur qui devrait aussi effrayer les investisseurs concurrents. La voie est libre…