AIG: petit mic-mac sur les gros salaires

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Depuis le début de la crise financière, une question est sur toutes les lèvres: a-t-on le droit d’utiliser l’argent des contribuables pour renflouer une compagnie privée en situation de banqueroute? Et dans quelle proportion?

Un intéressant cas d’école s’est proposé vendredi soir avec la décision de l’assureur American International Group, sauvé de justesse de la faillite, de verser début 2009 à ses principaux cadres un demi milliard de dollars sous forme d'"avance sur rémunération différée". AIG tente ainsi de retenir ses meilleurs éléments qui seraient tentés d’aller voir ailleurs. Comme de nombreuses compagnies américaines, AIG propose à ses cadres de ne pas leur payer l’intégralité de leur salaire chaque année, afin que ces derniers payent moins d’impôt. Le solde est versé quelques années plus tard, parfois même quand l’employé part à la retraite et se retrouve dans une tranche d’imposition plus favorable.

Il s’agirait donc de tout solder au premier trimestre 2009 pour 5.600 employés, dont les 70 qui ont dirigé le groupe pendant sa descente aux enfers. AIG a perdu 37,63 milliards de dollars au cours des neuf premiers mois de l’année.

Tout ceci est parfaitement légal mais quelques esprits chagrins, notamment au congrès, se demandent si c’est légitime. Ils trouvent que AIG, connu pour ses dépenses somptuaires, exagère. En pointe sur ce front, Henry Waxman, un représentant (député) démocrate de Californie, qui conduit l’enquête sur la gestion de l’assureur en tant que président du "Committee on Oversight and Government Reform".

Impossible de ne pas faire le rapprochement entre ces 503 millions de dollars qui vont être distribués et les 152 milliards de dollars d’argent public que l’état fédéral a injecté dans AIG pour le sauver de la faillite. Encore le 10 novembre, il a fallu rajouter 85 milliards d’argent public car AIG n’était pas capable d’honorer les réclamations de ses clients.

A cette occasion, le Trésor américain a en échange imposé des limites très strictes aux cadres d’AIG en matière de bonus. AIG prend évidemment un risque en lâchant cet argent. Une fois la somme en poche, les employés de AIG pourront parfaitement quitter le groupe.