Ces "équilibristes" qui prédisent la consommation d’électricité

Guillaume Guichard

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Le réseau électrique est sous très haute tension. Coup sur coup, la France a enregistré trois records historiques de consommation d'électricité, lundi 5, mardi 6 et mercredi 7 janvier. En cause, un froid de canard avec des températures de quatre à sept degrés inférieures aux normales saisonnières. Un degré en dessous de la moyenne représente une surconsommation de 2.100 mégawatts (MW). Côté producteur, le défi est sérieux. Comme l'électricité ne se stocke pas, il faut constamment ajuster l'offre à la demande.

Dans le rôle de l'équilibriste, RTE, le gestionnaire de réseau de transport de l'électricité. Responsable des lignes à haute tension, il calcule les besoins des consommateurs à l'avance et fait part de ses prévisions aux producteurs, principalement EDF. A ce dernier de fournir l'énergie demandée. Concrètement, "RTE sait que le besoin d'électricité à l'heure H dépend de la consommation de l'heure précédente, de celle de l'année passée à la même période et bien sûr de la météo", explique Evens Salies, économiste à l'Office français des conjonctures économiques (OFCE). Les premières prévisions, établies plusieurs semaines à l'avance, sont affinées au jour le jour. Pour être exactes à l'heure près le moment venu.

En cette période de grand froid, RTE demande donc à EDF de faire tourner au maximum ses capacités de production. En plus des centrales nucléaires qui produisent l'énergie dite de base, l'électricien met en route ses centrales thermiques d'appoint. Problème, l'énergie ainsi produite coûte plus cher à EDF. Un mégawatt/heure (MWh) issu d'une centrale à charbon coûte 39 euros. Celui issu d'une centrale au gaz, 57 euros. Contre seulement 30 euros le mégawatt/heure provenant d'une centrale nucléaire.

Mais les centrales d'appoint ne suffisent pas. "La capacité théorique de production d'EDF, évaluée à 96.000 MW, est insuffisante face au record de consommation de 91.500 MW", explique Evens Salies. "En effet, les centrales ne sont jamais exploitées au maximum de leur capacité". A titre d'exemple, les centrales nucléaires affichent un taux d'utilisation maximum constaté de 93%, un taux jugé très élevé. Du coup, EDF, comme les autres fournisseurs, doit se fournir sur le marché de gros auprès des autres producteurs européens. En anticipant.

"Nous achetons des kilowatts un à deux mois à l'avance sur le marché de gré à gré, en appliquant une marge par rapport à la consommation estimée de nos clients ", explique Jean-Christophe Cheylus, directeur négoce et optimisation d'actif chez le fournisseur alternatif Poweo. "Notre expérience nous prouve que nous avons intérêt à prévoir particulièrement large en période hivernale". Objectif: ne pas acheter sur le marché au jour le jour, car les prix explosent en ces périodes de grand froid. Sur la Bourse de l'énergie Powernext, le mégawatt/heure a flirté avec les 90 euros en début de semaine, contre un prix moyen de 70 euros sur 2008. Reste que, même sur le marché de gré à gré, le prix d'hivers du mégawatt/heure excède le prix d'été de 30 euros, estime Poweo.

Mais rassurez-vous, le surcoût n'est pas répercuté directement sur le client final. Les variations de prix en cas de pic de consommation sont encaissées en amont, assure Jean-Christophe Cheylus: "ce risque relève de la responsabilité du commercialisateur. A nous d'avoir bien anticipé".