L'UE doit améliorer sa sécurité énergétique

E24 avec AFP

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L'Union Européenne doit améliorer la "sécurité" de son approvisionnement énergétique grâce à des éoliennes offshore ou à un gazoduc venu de la région caspienne, tout en surveillant mieux ses stocks de pétrole et de gaz pour une entraide rapide en cas de crise, préconise Bruxelles. Aujourd'hui, l'UE importe 54% de ses besoins énergétiques et cette dépendance n'a aucune chance de diminuer dans un proche avenir, souligne la Commission européenne dans un rapport "stratégique" qui doit être présenté jeudi et dont l'AFP a obtenu une copie.

Dépendance

La situation est particulièrement "préoccupante" pour le gaz, déjà importé à hauteur de 61% dans l'UE. Cet approvisionnement relativement diversifié (42% vient de la Russie, 24% de la Norvège, 18% de l'Algérie et 16% d'autres pays) masque des situations de forte dépendance. C'est le cas des trois pays baltes, essentiellement reliés à des pipelines arrivant de Russie. Surtout, les Européens n'ont pas oublié le conflit de l'hiver 2006, lorsqu'une dispute russo-ukrainienne sur les prix du gaz avait entraîné une brève rupture d'approvisionnement vers plusieurs pays européens.

"Des stratégies pour partager et diluer le risque, et pour utiliser au mieux le poids combiné de l'UE peuvent être plus efficaces que des actions nationales dispersées", plaide la Commission. Les dirigeants européens sont convenus de cette nécessaire "solidarité" lors d'un sommet en octobre. Mais sur le terrain, les géants énergétiques européens négocient en ordre dispersé avec le géant russe Gazprom.

Projets clefs

Le plan stratégique de Bruxelles met en avant des projets d'infrastructures clefs. "Connecter les marchés énergétiques encore isolés en Europe est une priorité", explique la Commission, qui dressera en 2009 "un plan d'interconnexion des pays Baltes" identifiant les infrastructures manquantes pour les relier au reste de l'UE. Egalement en haut de la liste: un "corridor gazier du sud", faisant transiter vers l'UE du gaz de la mer Caspienne ou du Proche-Orient, en évitant la Russie. Le rapport évoque une réflexion sur la création d'un consortium pour acheter du gaz de la mer caspienne. Bruxelles s'active autour du projet européen Nabucco, un gazoduc de 3.300 km, qui doit passer par la Turquie et aboutir en Autriche, même si nombre d'experts s'interrogent sur cette infrastructure dont l'approvisionnement en gaz n'est pas assuré.

La Commission prépare un plan d'action sur les infrastrucures de gaz naturel liquéfié, l'étude d'un réseau d'éoliennes offshore en Mer du Nord, et l'amélioration de l'interconnexion entre l'Europe et les pays du Sud méditerranéen, au fort potentiel en énergie solaire et éolienne. Quelques propositions seront gravées dans la législation, comme la publication envisagée chaque semaine d'un état des lieux collectif des stocks pétroliers "commerciaux" détenus par les compagnies pétrolières. Pour le gaz, elle veut définir l'an prochain des "mesures d'urgence" au niveau régional et européen, en cas de menace sur l'approvisionnement. L'Europe définirait des seuils de déclenchement d'un mécanisme de solidarité entre pays.

Efficacité

Enfin, tous ces efforts devront s'accompagner d'une nouvelle politique en matière d'efficacité énergétique. L'UE s'est fixée un objectif non contraignant d'amélioration de 20% de celle-ci d'ici 2020. C'est l'un des piliers de son plan de lutte contre le changement climatique. Critiquée pour son retard à décliner cet objectif, Bruxelles va revoir ses lois sur l'efficacité énergétique des bâtiments et des appareils de grande consommation, pour les étendre à d'autres produits. Un nouveau texte portera aussi sur la performance des pneus automobiles.