Notre abécédaire de l'année 2008

Jocelyn Jovène

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A, comme AAA: la meilleure note donnée par les agences de notation à des titres de crédit des Etats, des entreprises et des institutions financières. Mais une note qui a

perdu toute crédibilité
avec la crise financière, car elle était aussi attribuée à tort à des crédits structurés, revendus à des investisseurs, tout en restant assis sur des actifs dont la valeur s'est effondrée avec la crise de l'immobilier américain.

B, comme Bear Sterns: première banque d'affaires américaine mise en difficulté par la crise des subprime, et reprise à bon compte par sa rivale J.P.Morgan avec le soutien des autorités fédérales américaines.

C, comme Changement: un thème au cœur de la campagne de Barack Obama, candidat démocrate élu président des Etats-Unis d'Amérique le 4 novembre 2008, avec une écrasante avance sur son rival républicain John McCain. Au cœur des défis que doit relever le nouveau président: le redressement de l'économie américaine.

D, comme Déflation: le mot de toutes les craintes, alors que l'année 2008 a été l'année où la récession a été confirmée.

E, comme Emergents: l'un des mythes de la finance mondiale en 2008. De nombreux investisseurs pensaient en effet que la récession des principaux pays développés n'entamerait pas la croissance très rapide des pays émergents, Brésil, Russie, Inde et Chine ("BRIC").

F, comme Fed: la réserve fédérale américaine s'est trouvée dans l'obligation de soutenir par tous les moyens possibles l'économie et les banques américaines. Et d'innover. Car au-delà des traditionnelles baisses de taux directeurs, la Fed a emprunté des chemins inédits en prenant sur son bilan des risques inhabituels, comme les prêts aux entreprises ou en abaissant la qualité des titres pris en contrepartie de ses aides directes au secteur bancaire.

G, comme Gordon Brown: le Premier ministre britannique a été le premier dirigeant à mettre sur pied un modèle de plan de sauvetage de l'industrie financière considéré comme crédible, et qui servira de modèle aux Européens, ainsi qu'aux Américains. Au menu: injection massive de capitaux propres dans les principales banques britanniques et extension des garanties accordées par l'Etat aux dépôts et aux prêts bancaires. Ou G comme Greenspan, du nom du prédécesseur de Ben Bernanke, actuel patron de la Fed, qui pendant ses 20 ans de règne à la tête de la banque centrale américaine, a vécu deux krachs boursiers, qu'il a toujours tenté d'éteindre en abaissant le coût du crédit, mais provoquant les conditions de nouvelles bulles financières.

H, comme Harvard: la célèbre université fait partie des victimes de la crise, et doit gérer une chute de la rentabilité de ses investissements.

I, comme Inflation: celle des matières premières et des prix en général, qui va vite apparaître comme l'un des mythes de 2008. Avec la récession, les prix des matières premières s'effondrent après avoir atteint un pic en juillet 2008. L'autre raison de cette chute tient à la disparition soudaine des investisseurs qui s'étaient rués sur les matières premières pour se protéger contre… l'inflation.

J, comme J.P. Morgan: l'une des rares banques, avec Bank of America, a avoir su tirer son épingle du jeu. Si elle n'a pas évité les pertes liée à la chute du prix des actifs, la banque dirigée par James Dimon a été l'une des plus actives dans la consolidation de l'industrie bancaire américaine. Elle s'est offert Bear Sterns en avril, ainsi que Washington Mutual fin septembre.

K, comme KKR: l'un des plus gros gestionnaires de fonds d'investissement qui a dû renoncer à ses projets d'introduction en Bourse. Face à la crise financière, comme l'ensemble de l'industrie du private equity, il doit faire face au gel des financements bancaires, à l'annulation de transactions, voire aux retraits de fonds de certains clients, avec à la clef, une chute de la rentabilité attendue.

L, comme Lehman Brothers: l'annonce de sa faillite le 15 septembre fait vaciller la finance mondiale et contraint les pouvoirs publics à une intervention massive pour éloigner le risque d'implosion du système financier mondial. L'abandon de Lehman sera considéré comme une erreur tragique.

M, comme Madoff: l'auteur d'une

fraude historique
par son montant (50 milliards de dollars), dont les conséquences seront planétaires; ou M comme Merrill Lynch, autre grande banque d'affaires reprise par sa compatriote Bank of America pour… 50 milliards de dollars.

N, comme Nationalisation: l'une des innovations de la crise a été l'injection d'argent public dans le capital des banques et, dans certains cas, leur nationalisation: c'est le cas de

Royal Bank of Scotland
au Royaume-Uni, ou dans une moindre mesure de Dexia ou d'ING.

O, comme Or: le métal précieux n'a pas démenti son statut de valeur refuge. O, comme Obligations, des titres qui ont retrouvé les

faveurs des investisseurs
, fuyant les risques des autres classes d'actifs.

P, comme Paulson: le secrétaire d'Etat au Trésor, Henry Paulson, a été en première ligne pour tenter de sauver l'industrie financière. En obtenant dans la douleur un paquet fiscal de 700 milliards de dollars, l'ancien dirigeant de la banque Goldman Sachs, a néanmoins fait plusieurs fois volte-face pour tenter de rassurer les marchés financiers, sans jamais vraiment y parvenir. Paulson, c'est également le nom de ce gérant de hedge funds qui a fait gagner de l'argent à ses clients en 2007, en anticipant la crise immobilière, et en 2008, en anticipant les difficultés grandissantes des banques. Parmi les gérants les mieux payés de Wall Street, il faisait partie des personnes auditionnées par le Congrès cette année pour comprendre le rôle des hedge funds dans la crise financière.

Q, comme " ratio Q": développé par l'économiste américain James Tobin, le ratio Q est revenu à la mode comme l'un des indicateurs d'un rebond des marchés boursiers.

R, comme Régulation: l’un des thèmes majeurs et l’un des chantiers qui attendent les pouvoirs publics en 2009. Le défaut de régulation du système financière, le manque de contrôle des banques d’affaires, des hedge funds, des fonds de private equity et de tous les acteurs qui agissaient comme des banques sans en subir les contraintes ont participé au gonflement des dettes et à la création de bulles dans de nombreuses classes d’actifs (matières premières, immobilier, dette…).

S, comme Securities Exchange Commission: le gendarme boursier américain a du pain sur la planche pour dénouer les écheveaux de la crise financière et les multiplications de plaintes d'investisseurs. Mais la SEC est elle-même sur la sellette pour avoir laisser passer la fraude Madoff (plus-haut) malgré les multiples avertissements d'investisseurs ayant flairé l'arnaque.

T, comme Titrisation: une technique financière qui a perdu tout attrait, car utilisée avec excès pendant la bulle immobilière par les banques pour sortir de leurs bilans des actifs, et leur permettre de trouver de nouvelles ressources pour s'engager dans des investissements à risque.

U, comme UBS: première banque à révéler des pertes massives liées aux "subprimes", mais également l'une des rares à avoir bénéficié d'un soutien des autorités helvétiques, à travers notamment la création d'une structure de cantonnement pour ses actifs toxiques, à hauteur de 60 milliards de dollars.

V, comme Volatilité: les marchés d'actions étant les seuls à offrir une liquidité, la dislocation des marchés financiers s'est traduite par une volatilité record des indices, traduisant la panique des investisseurs, à la recherche de repères introuvables.

W, comme Wall Street: la crise financière a signé la mort du modèle de banque d'affaires. Certaines ont disparu comme Lehman Brothers. D'autres ont été rachetées à l'instar de Bear Sterns ou Merrill Lynch. Les survivantes de la crise, Goldman Sachs ou Morgan Stanley, ont été contraintes de changer de statut pour pouvoir avoir accès aux facilités de la Fed.

X, comme XXL: une crise grande largeur, comme on n'en a rarement vu, aux dires de nombreux opérateurs et banquiers. De fait, les repères historiques ont beaucoup évolué au fil de l'année: panique de 1907, grande dépression de 1929, crise économique des années 1970 ou krachs boursiers de 1987, de 1998 (LTCM) ou de 2001-2002 (Internet). Les repères géographiques aussi avec une référence persistante à l'entré en déflation de l'économie japonaise, malgré une baisse drastique des taux directeurs par la banque du Japon.

Y, comme Yen: la devise nipponne s'est envolée avec les baisses de taux successives aux Etats-Unis, mais surtout la fuite des investisseurs qui empruntaient dans cette monnaie à faible rendement pour investir dans des devises plus rémunératrices, comme le dollar australien, ou des monnaies plus "exotiques" comme le florin hongrois. Le débouclage de ces opérations dites de "carry trade" ont agité les marchés des changes cette année.

Z, comme Zéro: le taux minimal auquel depuis décembre la Fed accepte de prêter aux banques pour leur permettre de financer leurs opérations au jour le jour.