Le cinéma quitte la Californie

Marion Lippmann

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Hollywood garde encore sa suprématie et sa capacité de créer du cash. Le box-office nord-américain a engrangé depuis le début de l'année 2009, les plus grosses recettes de son histoire, à 7,42 milliards de dollars, selon la société spécialisée Exhibitor Relations. Elles ont augmenté de 6,98% par rapport à la même période de 2008 et le nombre d'entrées a cru de 3,1%, avec 996 millions de tickets vendus.

L'été, en revanche, a été plus difficile avec une baisse de 4,2% par rapport à l'été 2008, soit 552 millions de tickets vendus, le plus mauvais chiffre depuis 1997. Mais l'augmentation du prix des places a permis à Hollywood de conserver des recettes en hausse.

Changement d'époque

Au-delà des chiffres, la crise mine, bel-et-bien, à petit feu le modèle d'Hollywood. Les compagnies propriétaires des studios, Sony, Viacom ou Time Warner, sont toutes en difficulté. Depuis plusieurs années, les coûts pharaoniques des superproductions (plusieurs centaines de millions de dollars) réduisent la marge des bénéfices des studios.

Déjà en 2008, le nombre de films produits aux États-Unis avait reculé de façon inquiétante (-20,7 %): 520 films produits contre 656 en 2007. Cette baisse d’activité du secteur est une conséquence de la situation économique mondiale, et a été accentuée par les difficultés rencontrées par les auteurs et les acteurs, à l'origine de longues grèves.

Les comportements des spectateurs évoluent également: au lieu d'acheter les DVD des films, ils préfèrent les télécharger gratuitement. Ces six derniers mois, les recettes du marché du DVD, source de revenus nº 1 pour Hollywood, ont chuté de 18 %. La situation a été aggravée par la diminution des sources de financement, notamment avec la chute des recettes publicitaires et des crédits bancaires.

Incitations fiscales

L'Etat de la Californie, berceau du 7ème art, est la région la plus durement touchée. Pour les professionnels, elle est devenue trop chère. Les tournages fuient la Californie pour profiter des exonérations fiscales offertes par d'autres états, comme la Louisiane et le Michigan. Le nombre de permis attribués pour le tournage de films à Los Angeles a reculé de 56% au 1er trimestre 2009. Cinq films de grands studios devraient y être tournés cette année contre une quinzaine en 2008. Les suppressions d'emplois se comptent en milliers.

Les Etats américains sont maintenant très nombreux à offrir des incitations fiscales, par le biais de crédits et de remboursements d’impôt, aux producteurs de films et d’émissions de télévision. C'est le cas de l’Illinois, la Géorgie, l’Etat de New York, la Louisiane et le Nouveau-Mexique. La Californie a récemment riposté en lançant de son côté un programme de crédits d’impôt. Néanmoins, celui-ci n'est pas aussi compétitif que ceux de la plupart des autres Etats, et surtout il ne couvre pas les jeux télévisés.

Lorsque Hollywood pleure la fuite des producteurs, les Etats américains qui les accueillent ne sont pas forcément très enthousiastes. Le Los Angeles Times rapporte les tensions qui apparaissent entre les équipes de production et les populations locales. “Si certaines villes du Nouveau-Mexique, par exemple, rêvent de devenir des petits Hollywood, les habitants ne sont pas toujours d’accord”, note le journal californien, citant un résident qui déplore que “les équipes de tournage se comportent comme si la ville leur appartenait”.