L'Europe s'attaque aux prix agricoles trop élevés

E.M. avec AFP

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Face à la grogne des agriculteurs français, Bruxelles a décidé d'agir. La Commission européenne va proposer ce mercredi une série de mesures pour combattre les prix agricoles trop élevés.

Comme le dénoncent déjà les exploitants, l'exécutif européen soupçonne les intermédiaires entre les agriculteurs et les consommateurs finaux (industrie agro-alimentaires, groupes de distribution) de se garder des marges parfois excessives qui pénalisent ménages et producteurs.

Depuis le début de la crise économique, les prix des produits agricoles de base, comme le lait, ont en effet fortement baissé. Mais cela ne s'est pas forcément traduit immédiatement sur les étiquettes des étals de supermarchés, déplore la Commission européenne dans un rapport sur le sujet, obtenu par l'AFP.

"Ces fluctuations ont nui aux producteurs agricoles et ne permettent pas aux consommateurs de bénéficier de conditions équitables", souligne-t-elle dans ce texte.

Distorsions sur le marché

"Le manque de transparence sur le marché, les inégalités des rapports de force et les pratiques anticoncurrentielles ont conduit à des distorsions sur le marché, avec des effets négatifs sur la compétitivité de l'ensemble de la chaîne alimentaire", ajoute la Commission.

Alors que la mise en place de la politique agricole commune (PAC) en 1962 visait l'instauration d'un marché unique avec un prix unique, le coût d'un même produit peut énormément varier d'un pays à l'autre de l'UE. En raison des différentes législations ou politiques fiscales, le taux de variation atteint ainsi un record de 70% pour l'eau minérale, 58% pour le pain blanc ou 49% pour les œufs.

Chasse aux pratiques déloyales

La Commission veut donc faire la chasse aux "pratiques déloyales", qui contribuent à maintenir des prix élevés; accroître la transparence pour encourager la concurrence; et lever les obstacles qui demeurent pour le commerce transfrontalier de produits alimentaires.

Elle recommande en outre "que tous les États disposent de services de comparaison des prix des denrées alimentaires au détail basés sur le web et aisément accessibles" afin que les consommateurs fassent mieux jouer la concurrence entre les distributeurs.

Volatilité des prix

Plus en amont, Bruxelles ambitionne de s'attaquer à la volatilité des prix des matières premières agricoles sur les marchés. Ce phénomène s'était traduit en 2007 et début 2008 par une flambée soudaine des tarifs.

Concrètement, la Commission souhaite améliorer la supervision et la transparence des marchés des dérivés sur les produits de base agricoles, dans le cadre des efforts plus généraux de contrôle renforcé des marchés financiers au niveau européen.

Cela passerait, par exemple, par des obligations de communication de positions par certaines catégories d'opérateurs qui permettraient aux régulateurs d'avoir une vue d'ensemble. Ces derniers pourraient, du coup, fixer des limites de position pour empêcher les fluctuations disproportionnées des prix ou freiner la spéculation.