Les films indépendants résistent face à Hollywood

Propos recueillis par Thibaud Vadjoux

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A l'occasion du 35e festival du film américain de Deauville qui s'achève ce week-end, E24 a interrogé Laurent Creton, directeur de l’Institut de recherche sur le cinéma et l’audiovisuel (IRCAV) à Paris III sur la situation des films indépendants américains, traditionnellement défendus au festival.

Comment Hollywood traverse-t-il la crise?

Hollywood traverse en fait une période difficile depuis près d’une décennie, avec des succès en demi-teintes des traditionnels blockbusters (ndlr, films à gros budget). Les déceptions ont été assez vives mais Hollywood a malgré tout su sauver la mise, notamment grâce aux films d'animation, aux suites (sequels) ou aux adaptations de livres à succès (Harry Potter) qui parviennent à toucher un large public à travers le monde.

La crise financière qui s’est déclenchée en 2008 a accentué les difficultés des studios mais à ce stade on peut dire que globalement Hollywood a réussi à se tirer d'affaires. La question se posera avec une plus grande acuité d’ici un an ou deux lorsque se feront sentir les conséquences sur les projets de films de la contraction des financements.

La crise n'a pas entraîné l’effondrement de la fréquentation des salles qui pouvait être redouté. Cette année, la fréquentation est même en hausse de 3,1% depuis le début 2009 par rapport à la même période en 2008 selon les résultats du Box-Office (Exhibitor Relations).

Pourquoi ? Le phénomène est multifactoriel, mais l’on peut penser qu’en période de crise et d’inquiétude face à l’avenir le public apprécie le divertissement et que le cinéma reste un loisir accessible en dépit des contraintes de pouvoir d’achat (pendant la crise des années 30, la fréquentation a connu une très forte croissance, mais il ne faut pas oublier que cela correspond aussi à la mise en place du cinéma sonore).

Les films indépendants sont-ils plus durement touchés?

Oui et non. La crise a eu un impact beaucoup plus important sur le cinéma à travers l'assèchement des financements externes plutôt qu'à travers l'érosion de la fréquentation des salles. Or, les films à petits budgets présentent des risques financiers moins lourds que ceux d'Hollywood : les capitaux engagés sont d’un montant plus modeste, les producteurs indépendants sont habitués à gérer des budgets serrés et dépendent peu des financements bancaires.

Avec de petits budgets, les problèmes de production sont plus facilement maîtrisables et quelques films peuvent être de beaux succès et apporter ainsi une rentabilité exceptionnelle. Les films américains indépendants profitent largement des subventions publiques ou des facilités fiscales mises en place dans les Etats. Ils utilisent aussi les placements de produits et le sponsoring… De plus, les techniques modernes (i.e. caméra numérique) permettent des réalisations peu coûteuses. Le cinéma indépendant offre donc plus de flexibilité.

En revanche, son problème majeur reste celui de la distribution, de sa rencontre avec le public. Il souffre d'un manque de notoriété malgré les quelques festivals internationaux comme celui de Deauville ou du Sundance (Utah).

Les soutiens financiers de stars comme Georges Clooney, Brad Pitt ou Robert Redford sont-ils essentiels à la production de ces films?

Oui, pour les quelques films qui bénéficient de leur implication, ces acteurs connus dans le monde entier jouent un rôle important dans le financement ; ils acceptent des cachets bien plus modestes que dans les productions hollywoodiennes et participent grandement à la mise en valeur du film. Ils aident le film à sortir d'une espèce de ghetto et peuvent lui donner une visibilité internationale.

Leur motivation peut être artistique et se fonder sur la volonté d’aider le cinéma indépendant, mais cet engagement correspond aussi à leur intérêt bien compris sur longue période. Les stars savent en effet qu’Hollywood peut plomber leur carrière s’ils s’enferment dans une logique trop commerciale : ils font donc des allers-retours entre films indépendants et grosses productions hollywoodiennes. Enfin, certains films indépendants ont rencontré un énorme succès comme Little Miss Sunshine. Les producteurs-acteurs le savent et sont prêts à parier sur certains films qui peuvent se révéler être des pépites.